« High Mountain Summit » – Genève 29-31/10/2019 – Compte-rendu

Compte-rendu, par Samuel Morin (Météo-France – CNRS ; Univ. Grenoble Alpes, Centres d’Etudes de la Neige, Grenoble, France). Membre du comité de pilotage du High Mountain Summit ; co-rédacteur du livre blanc de et l’appel à l’action ; animateur du segment 3 « Closing the capacity gap » ; lead-author IPCC Special Report on Ocean and Cryosphere, Chapter 2 « Mountains » et Résumé pour décideurs (2019).


Les régions polaires et de montagne figurent parmi les priorités stratégiques de l’Organisation Météorologique Mondiale
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Ceci se matérialise par un certain nombre d’initiatives, telles que la création de la Veille Cryosphérique Mondiale (Global Cryosphere Watch GCW) ou le Polar Prediction Projet incluant la récente Year Of Polar Prediction (YOPP).

Le High Mountain Summit, organisé du 29 au 31/10 à Genève, avait pour objectif de mettre l’accent sur les besoins spécifiques des zones de montagne et d’identifier les pistes d’actions pour mettre en œuvre cette priorité stratégique de l’OMM.

High Mountain Summit Concept Note – French [WMO]


Ce sommet a été organisé par l’OMM en lien étroit avec de nombreux acteurs internationaux (FAO – qui héberge le Mountain Partnership, seule organisation internationale consacrée à la montagne, Banque Mondiale, UNESCO, etc.) et était co-présidé par le Mountain Research Initiative (représenté par sa directrice Dr Carolina Adler) et le programme canadien Global Water Futures (représenté par son directeur Dr John Pomeroy).
En interne OMM, la préparation du sommet a été coordonnée par le GCW (notamment sa directrice Rodica Nitu), en lien avec tous les programmes pertinents (WCRP, WWRP etc.). Initialement programmé fin 2018/début 2019, le sommet a été reporté à l’automne 2019 pour bénéficier de plus de temps de préparation ainsi que s’inscrire dans la suite immédiate de la parution du rapport GIEC Océan & Cryosphère, qui dispose d’un chapitre dédié à la montagne.

La préparation du sommet a été lancée courant 2018, a été marquée par plusieurs réunions du comité de pilotage, un groupe d’expert internationaux, qui s’est notamment réuni 2 jours en février 2019 pour la rédaction d’un « white paper », dont un résumé (« concept note ») a été diffusé préalablement au sommet et traduit dans les langues de l’OMM.
Le sommet s’est étalé sur 3 jours, et a rassemblé les acteurs opérationnels (représentants de haut niveau de nombreux services météorologiques nationaux), académiques et des utilisateurs de services météorologiques, hydrologiques et climatiques, issus de l’ensemble des régions de montagne dans le monde (cf. détail des participants aux « segments » et leurs intitulés).
Le sommet a été ouvert par Petteri Taalas (SG de l’OMM) et des représentants de haut-niveau des organismes co-organisateurs, ainsi que le ministre fédéral de l’environnement Suisse, et a été clôturé par Elena Manaenkova (SG adjointe de l’OMM) et d’autres représentants de haut niveau et quelques représentants gouvernementaux d’autre pays.

Le sommet a été riche d’échanges et d’interactions, permis par sa durée relativement longue (3 jours) et les temps d’échanges approfondis qui ont été permis (il y avait aussi des posters pour mettre l’accent sur des initiatives ou projets spécifiques – dont le projet H2020 PROSNOW).

Le sommet a permis de vérifier le très haut niveau de consensus de l’ensemble des acteurs présents ou représentés sur :

  • l’importance majeure des zones de montagne pour l’humanité, en montagne et au-delà (ressources en eau, capital culturel, cryosphère et niveaux des mers) et la forte exposition des populations de montagne à des risques naturels spécifiques, avec des enjeux forts liés aux impacts passés et futurs du changement climatique et de la perte de biodiversité ;
  • le fort besoin de services météo, hydro et climatiques pour les zones et populations de montagne, qui à ce jour bénéficient en général d’un niveau de service inférieur au reste des régions (pour de nombreuses raisons, scientifiques, techniques, institutionnelles et de gouvernance) ;
  • le besoin d’investir durablement dans l’amélioration des connaissances, la mise en place de nouveaux services et la pérennisation des moyens d’observation (traditionnels et innovants, y compris observations participatives), en associant les utilisateurs de bout en bout lors du processus d’élaboration et de fourniture du service.

La version finale de l’appel à action sera finalisé et disponible dans quelques jours, mais on en retrouve les principaux éléments dans le communiqué de presse publié le 31/10/2019.

Outre les points et encouragements ci-dessus, le sommet a encouragé la mise en place d’un système intégré d’observation, de prévision et de services pour les zones de montagne, qui pourrait servir de pilote pour de nouveaux services pérennes.
Il propose la création d’une année internationale de la montagne au niveau des Nations Unies (par exemple en 2022, 20 ans avant la première du nom en 2002), au cours de laquelle pourrait se développer une année internationale de la prévision en montagne (pilotée par l’OMM).

Globalement, le bilan de ce premier sommet consacré aux montagne dans le cadre de l’OMM semble positif. Il a permis de vérifier le fort consensus à tous les niveaux représentés sur l’importance des régions de montagne et des services à leur apporter.

Ce sommet a plusieurs implications pour les communautés opérationnelles et académiques françaises :

  • Reconnaissance et encouragement à pérenniser les modèles partenariaux pour les services en montagne (par exemple dans le cadre du réseau nivo-météorologique pour enjeux neige et avalanches) et les étendre à d’autres risques météo/hydro/climatiques au sens large (y compris enjeux sectoriels eau, énergie, agriculture, tourisme etc.), et l’usage d’autres sources de données et de connaissances (participatives, locales, autochtones).
  • Opportunité de développer nos connaissances et outils de prévision à court terme et de projection climatique pour la fourniture de services en montagne, en participant à des initiatives internationales de recherche ou de développement de services qui s’inscriraient dans le cadre de l’initiative lancée par ce sommet. La place grenobloise, et ses ramifications opérationnelles et académiques nationales, bénéficie à ce jour d’une reconnaissance notable sur ces sujets.
  • L’appel encourage les agences de financement (de la recherche comme du développement, notamment au Sud) à se saisir des messages du sommet dans leur programmation.