Réf. Stoffel & Monbaron 2000 - P

Référence bibliographique complète
RISQUES MAJEURS : PERCEPTION, GLOBALISATION ET MANAGEMENT (21-22 septembre 2000, Genève). Changements climatiques et risques naturels : un défi pour l'aménagement du territoire en zone alpine. STOFFEL M., MONBARON M. Actes du 5e Colloque transfrontalier CLUSE [CD-ROM], Université de Genève, 6 p.

Mots-clés
Risques naturels, changements climatiques, aménagement du territoire, Alpes.

Organismes / Contact
Groupe de Recherches en Géomorphologie (GReG), Institut de Géographie – Université de Fribourg, Pérolles, CH-1700 Fribourg

(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
Températures
Précipitations
  Crues, crues torrentielles, avalanhes, mouvements de terrain, aléas glaciaires Laves torrentielles, chutes de blocs, glissements profonds et superficiels, chutes de séracs

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période(s) d'observation
Suisse / Valais Alpes penniques valaisannes Vallées de la Viège (Saas et Zermatt)      

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques
Reconstitutions
 
Observations
Modélisations
Vers 2100, le réchauffement climatique pourrait atteindre + 2°C par rapport à la température de 1990 (IPCC 1996). A l'intérieur des Alpes et en altitude, l'augmentation de la température moyenne devrait être encore plus accentuée (Beniston 1997). Ohmura et al. (1996) supposent que les températures devraient dépasser celles de l'ère pré-industrielle de 0.5 à 1.5° Kelvin en hiver et de 2 à 4° Kelvin en été. Le régime annuel des précipitations serait également influencé de manière significative.
Hypothèses
 

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 

(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel
Reconstitutions
 
Observations
 
Modélisations
 
Hypothèses
En zone alpine, les stations de ski pourraient être soumises à une durée d'enneigement de plus en plus courte.

Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa
Reconstitutions
 
Observations
Le nombre de crues et d'inondations semble avoir augmenté de manière significative au Tessin durant ces deux dernières décennies (1978, 1987, 1993, 1994). Dans la région d'étude, plus à l'abri des précipitations mais influencée par le même régime pluviométrique, une évolution semblable peut être constatée. Pour le moment, aucune tendance significative n'est mesurable, les valeurs extrêmes demeurant dans les limites statistiques d'incertitude.
Modélisations
 
Hypothèses
Evolution possible des dangers naturels dans la région test des vallées de la Viège :
Les dangers géologiques de type tremblement de terre ou écroulement massif de falaise rocheuse sont indépendants d'un changement climatique. Leur occurrence ne sera donc pas modifiée (Bader & Kunz 1998).

La saisonnalité des chutes de pierre sera affectée par la modification du processus gel-dégel. Toutefois, la limite du zéro degré remontant en altitude, une possible augmentation des chutes de pierre dans des secteurs d'altitudes supérieures ne devrait guère menacer les villages au fond des thalwegs.

Le danger d'avalanches ne subira pas de modifications importantes. Il est plutôt probable que les effets positifs des constructions paravalanches contrebalanceront largement les impacts de telles avalanches «climatiquement modifiées» (Bader & Kunz 1998).

Pour les mêmes raisons, les chutes de séracs ne devront pas poser plus de problèmes qu'auparavant. Il est vrai que le retrait généralisé des glaciers de la région pourrait créer des situations d'instabilité latente, mais les glaciers ainsi amoindris auront un volume beaucoup moins important.

Seul un type particulier de glissement de terrain réagira aux influences climatiques : c'est celui des mouvement superficiels (creeping, solifluxion). Leur ampleur reste toutefois assez modeste. Les glissements (très) profonds sont par trop insensibles aux modifications graduelles du climat et ne seront donc guère influencés.

On peut supposer qu'un climat plus chaud et plus humide en automne (c'est du moins le scénario habituellement admis) pourrait générer une augmentation des situations favorables au déclenchement de crues.  

La plus sérieuse menace sera vraisemblablement celle des laves torrentielles. Il est fort probable qu'une augmentation de la température pourrait faire fondre certains glaciers et faire disparaître le pergélisol dans son domaine d'extension inférieur. Les matériaux détritiques (éboulis ou moraines), auparavant consolidés par la glace du pergélisol, seraient ainsi exposés à l'érosion. Si la pente critique de ce matériel est atteinte, des laves torrentielles sans précédant historique pourraient être déclenchées (Zimmermann et al. 1997).

Paramètres de l'aléa
Sensibilité du paramètre de l'aléa à des paramètres climatiques et du milieu
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 
Les scénarios d'aléas sont basés sur des modélisations climatiques simulées à l'échelle suisse (modèles RegCM2 et ECHAM3, voir Ohmura et al. 1996) et ne représentent, dans le meilleur des cas, qu'une approche imparfaite d'une situation future.

(4) - Remarques générales
Il faut considérer que chaque événement naturel est fortement dépendant de facteurs topographiques, microclimatiques et météorologiques locaux. Ainsi, les paramètres régissant l'instabilité des versants, ou les éléments déclenchant cette instabilité, varient fortement d'un endroit à un autre. En conséquence, des généralisations hâtives et péremptoires doivent à tout prix être évitées.

(5) - Préconisations et recomandations
Disposant des données climatiques actuelles et des prévisions concernant l'évolution plausible des dangers naturels dans les vallées de Saas et de Zermatt, nous pouvons tirer une série de conclusions ayant des incidences sur l'aménagement du territoire (AT) :

Par la création et la délimitation de zones de danger de type «zone - tampon», ou «zone de danger attendu» (Stoffel 1997), la situation face aux changements environnementaux prévus pourrait encore être améliorée. Une telle politique devrait être appliquée tant au niveau du plan directeur cantonal qu'à celui du plan d'affectation communal. Il devrait déployer tous ses effets lors de l'octroi de l'autorisation de construire par la commune.

Dans une telle perspective, ladite politique devrait être accompagnée d'une phase de transmission du message à la population. Le débat autour des mesures proposées, ainsi que leur acceptation générale, est un élément primordial du comportement collectif face aux changements climatiques futurs.

La définition des zones de danger est un processus en constante évolution. Chaque nouvel événement naturel fournit des informations utiles, dont découle une meilleure compréhension du phénomène. Les documents légaux doivent donc continuellement être adaptés aux connaissances nouvelles.

Il ne faut pas perdre de vue que les connaissances actuelles à propos des dangers naturels restent très lacunaires et ne permettent pas toujours des analyses de risques suffisamment pertinentes. En conséquence, il n'est pas exclu que les modifications de la dangerosité ou l'augmentation des risques encourus se situeront encore à l'intérieur des limites de sécurité actuellement admises (Bloetzer et al. 1998).

Dans cette perspective, la recherche dans le domaine des dangers naturels doit être intensifiée, afin que ces lacunes de connaissance puissent être comblées. Une meilleure compréhension des sites et des événements facilite également le choix du type et de l'ampleur des mesures de protection à ordonner. Mais l'extension de ces dernières ne doit en aucun cas servir de prétexte à un élargissement ultérieur des zones à bâtir.

L'augmentation marquée du risque n'est pas uniquement due au changement de l'aléa, mais aussi à l'augmentation de la valeur marchande de l'objet menacé. En conséquence, la résolution des problèmes liés aux dangers naturels devrait à la fois consister en un combat contre la menace elle-même et en une réduction optimale du potentiel d'infrastructure exposé à celle-ci.

Références citées :

Bader Stephan, Kunz Pierre, Climat et risques naturels – La Suisse en mouvement, Rapport final PNR 31, vdf Zurich, 1998. - [Fiche biblio]

Beniston Martin, Diaz Henry, Bradley Raymond, «Climate Change at High Elevation Sites», in :Climatic Change, 36, 1997, pp. 232 – 254.

Bloetzer Werner et al, Klimaänderung und Naturgefahren in der Raumplanung – Methodische Ansätze und Fallbeispiele, Rapport de synthèse PNR 31, vdf Zurich, 1998.

IPCC, Climate Change 1995, The Science of Climate Change, Contribution of Working Group I to the Second Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, Cambridge University Press Cambridge, 1996.

Ohmura Atsumu et al, Simulation of Climate Trends over the Alpine Region, Rapport final PNR 31, vdf Zurich, 1996.

Stoffel Markus, Neue Ansätze zur Berücksichtigung klimatisch beeinflusster Naturgefahren aufRaumplanungsdokumenten, Institut de Géographie de l’Université de Fribourg, inédit, 1997.

Stoffel Markus, «Impacts of Climate Change on Natural Hazards and Land Use in the Saas and Zermatt Valleys (Switzerland)», in : Geographica Helvetica, 54/4, 1999, pp. 224-228.

Zimmermann Markus, Mani Peter, Romang Hans, «Magnitude-frequency aspacts of alpine debris flows», in : Eclog geol Helv, 90, 1997, pp. 415-420.