Réf. Swiss Re 2006 - E

Référence bibliographique complète

SWISS RE 2006. Conséquences du changement climatique: davantage de dommages dus aux tempêtes en Europe - The effects of climate change: storm damage in Europe on the rise. Swiss Re Focus Report. HECK, P., BRESCH, D.N., TRÖBER, S. [Etude en ligne]

Résumé : En Europe, le changement climatique va se traduire par des tempêtes hivernales plus nombreuses et plus violentes, et par une augmentation des dommages à long terme. Telle est la conclusion que tire Swiss Re au terme d'une étude réalisée par l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Pour la première fois, des scientifiques ont associé le modèle de dommages de Swiss Re à des modèles climatiques, quantifiant ainsi l'impact du changement climatique sur les dommages dus aux tempêtes hivernales en Europe. Swiss Re escompte, pour la période comprise entre 1975 et 2085, une augmentation des sinistres de 16% à 68% à prix constants. L'étude confirme ainsi ce qui n'était jusque là qu'une hypothèse : le changement climatique a une incidence sur l'activité d'assurance et place la société et les assureurs devant le défi de gérer le risque accru de tempête, Pour les assureurs, il convient d'assurer que l'impact du changement climatique soit systématiquement intégré dans l'évaluation et la gestion des risques. Swiss Re tiendra compte des résultats de l'étude dans ses modèles de tarification des tempêtes et de gestion du Groupe. la question du changement climatique ne peut cependant être résolue par le secteur de l'assurance à lui tout seul, même s'il joue un rôle important à cet égard Une action concertée est nécessaire, Quelles que soient les mesures prises en matière de prévention, de protection ou de politique du climat, il importe que tous les acteurs socio-économiques y contribuent.

Mots-clés
 

Organismes / Contact

Compagnie Suisse de Réassurances, Mythen 50/60, Boîte postale, 8022, Zürich - publications@swissre.com


(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
Temperature   Tempêtes  

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période(s) d'observation
Europe : Allemagne, Belgique, Danemark, France, Grande-Bretagne, Suède         1975-2085

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques
Reconstitutions
 
Observations
 
Modélisations
 
Hypothèses
 

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 

(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel
Reconstitutions
 
Observations
 
Modélisations
 
Hypothèses
 

Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 

 


(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa
Reconstitutions
 
Observations
 
Modélisations

Les travaux conjugués de l'EPFZ et de Swiss Re indiquent une tendance claire : pour la période 1975 à 2085, les tempêtes hivernales provoqueront en Europe une augmentation de la charge des sinistres de 16% à 68%, avec un impact plus prononcé pour les événements rares et lourds de conséquences qui sont normalement réassurés.

A l'appui d'un exemple chiffré, basé sur la valeur moyenne des trois modèles utilisés, l'étude fait apparaître les résultats suivants : les dommages assurés annuels attendus suite à des tempêtes hivernales s'élèvent actuellement pour l'Europe à quelque 2,6 milliards EUR au total. Si l'on prend comme hypothèse une évolution linéaire, ces derniers progresseraient d'environ 11 millions EUR par an. A première vue, cette croissance peut sembler peu spectaculaire, sachant que tous les modèles comportent des incertitudes et que la variabilité climatique naturelle viendra encore ajouter un certain flou. Reste que la charge des sinistres augmente de manière continue. Si, dans les 10 prochaines années, elle est majorée de 110 millions EUR, soit une augmentation de presque 5 pour cent par rapport aux dommages actuels, les dommages assurés annuels induits par des tempêtes hivernales en Europe devraient atteindre pas moins de 3,5 milliards EUR en 2085, ce qui représente 0,9 milliard EUR de plus qu'aujourd'hui.

Plus l'événement est rare et plus l'augmentation attendue des dommages est forte. L'impact varie en fonction des pays et de l'ampleur des tempêtes en question (en moyenne : 116% au Danemark, 114% en Allemagne, 95% en Suède, 80% en Belgique, 47% en France et 35% en Grande-Bretagne). C'est-à-dire que l'intensité des tempêtes n'augmentera pas uniformément dans tous les pays. Leurs trajectoires se déplaçant elles aussi, il est possible que certaines zones soient plus touchées que d'autres. Les écarts existant par rapport aux résultats moyens relevés dans les différents pays sont considérables. Pour l'Allemagne, on table par exemple sur un impact quasiment trois fois plus important que la moyenne européenne.

Les couvertures de réassurance contre les tempêtes hivernales en Europe sont généralement souscrites sur la base d'un événement survenant tous les 100 ou 200 ans. Ces tranches hautes sont touchées beaucoup plus fortement par l'augmentation attendue des dommages que les tranches basses. Concernant les dommages survenant en Europe avec une période de récurrence de 100 ans, qui s'élèvent actuellement à 21 milliards EUR, l'étude prévoit une augmentation annuelle de près de 200 millions EUR. Une progression de 2 milliards EUR en 10 ans correspond à une croissance d'environ 10 pour cent par rapport aux dommages actuels. Le tableau est encore plus éloquent s'agissant des dommages enregistrés tous les 200 ans.

Pour cette étude, les climatologues ont utilisé trois modèles climatiques à l'échelle régionale et deux modèles à l'échelle mondiale. Cela explique la marge des prévisions relatives aux dommages attendus. Il est cependant important de noter que tous les modèles ont généré une tendance claire et des résultats homogènes.

Aperçu des résultats :
• L'augmentation des dommages annuels moyens pour la période 1975 à 2085 se situe entre 16% et 68% à prix constants, le pourcentage variant selon le modèle sur lequel on se fonde.
• L'accroissement des dommages est plus que proportionnel pour les événements rares (tranches hautes).
• L'augmentation attendue des dommages diffère selon les pays.
• Les modifications concernent aussi bien l'intensité que la fréquence des tempêtes.

Hypothèses
 

Paramètre de l'aléa
Sensibilité des paramètres de l'aléa à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
Coût des dommages

L'étude avait pour but d'analyser les conséquences du changement climatique sur les tempêtes hivernales en Europe et de quantifier l'effet sur les dommages assurés. A cette fin, des experts des risques naturels de Swiss Re et des scientifiques de l'EPFZ ont associé plusieurs modèles climatiques à un modèle de dommages, sur la période 1975-2085. (La période de 110 années conespond à la pratique scientifique. Les simulations climatiques comparent les pénodes 1961-1990 et 2071-2100).

Pour cette étude, les climatologues ont utilisé trois modèles climatiques à l'échelle régionale et deux modèles à l'échelle mondiale. Cela explique la marge des prévisions relatives aux dommages attendus. Il est cependant important de noter que tous les modèles ont généré une tendance claire et des résultats homogènes.

Méthodologie de l'étude (cf. références) :
Afin de quantifier l'incidence du changement climatique sur les dommages dus aux tempêtes hivernales en Europe, les scientifiques de l'EPFZ ont analysé des simulations climatiques numériques actuelles pour la situation présente et pour le climat à venir. Le scénario A2 utilisé (voir IPCC 2001) se caractérise par une forte augmentation de la population, une forte croissance économique et le doublement des concentrations de CO2 à la fin du siècle.

Les spécialistes en matière de risques naturels ont relié deux modèles climatiques à l'échelle mondiale et trois à l'échelle régionale au modèle de dommages tempêtes hivernales de Swiss Re, et calculé les dommages annuels moyens ainsi que la courbe de la fréquence des dommages pour un portefeuille d'assurance européen correspondant au marché actuel. Les effets du changement climatique ont ainsi pu être quantifiés pour l'ensemble de l'Europe et pour chaque pays.


(4) - Remarques générales

Les spécialistes se sont uniquement intéressés aux modifications liées à l'aléa "tempête". Afin d'estimer la charge des sinistres effective et d'obtenir ainsi une vision plus complète, d'autres facteurs tels le renchérissement. l'augmentation des biens assurés, la pénétration accrue de l'assurance ou les mesures de protection contre les événements météorologique extrêmes devraient être pris en compte.

Une éventuelle modification du risque d'inondation en raison du changement climatique n'a pas non plus été prise en considération. Les éléments essentiels dans ce contexte sont l'accroissement général attendu des précipitations et les effets des ondes de tempête dans les zones côtières.


(5) - Syntèses et préconisations

Conséquences pour le secteur de l'assurance

Le secteur de l'assurance est aujourd'hui un des mieux préparés, pour absorber l'augmentation prévue du risque de tempête hivernale, à condition que les modifications des expositions soient reconnues et que des mesures appropriées soient prises. Il sera décisif de reconnaÎtre la tendance qui se dégage et d'agir proactivement. En effet, se contenter de jeter un oeil sur les valeurs empiriques n'est plus suffisant à une époque de changement climatique.

Les résultats de la présente étude démontrent clairement l'importance d'une gestion des risques durable. Il est donc indispensable d'évaluer en permanence des études scientifiques et d'intégrer les conclusions pertinentes pour l'assurance dans les modèles de tarification et de gestion.

Concrètement. cela signifie que la prime de risque doit correspondre au danger effectivement attendu. Il convient en outre d'enregistrer le risque accru de manière identique dans les modèles de gestion. Cela permet ainsi de déterminer plus précisément les composantes de la prime d'assurance, à savoir la part du risque et le coût des capitaux, et de garantir que la capacité mise à disposition ainsi que la diversification afférente correspondent au risque effectif.

Force est d'admettre que certaines modifications se sont déjà produites au cours des trente ans qui se sont déjà écoulés entre les deux périodes d'observation, même si la variabilité climatique naturelle ne permet pas de tirer des conclusions statistiques directes. C'est là un paramètre qui doit être intégré, en particulier lorsque l'évaluation du risque de tempête se fonde sur des modèles de risque calibrés en fonction de données historiques sur la fréquence et l'intensité des tempêtes. Toute analyse de risque effectuée de la sorte pourra donner lieu à une certaine sous-estimation du risque de tempête actuel à moins que la variation climatique ayant eu lieu jusque là soit explicitement prise en considération.

Si, comme prévu, les sinistres rares augmentent davantage que les petits sinistres, la question des besoins de couverture se pose. Ce qui est actuellement considéré comme un événement centennal, peut. du fait du changement climatique, devenir dans les prochaines décennies un événement se produisant tous les 60 ou 70 ans. Les assureurs directs pourraient donc décider, conformément au principe de précaution, de prévoir une marge de sécurité lors de la conception de leurs programmes de réassurance ou de prendre d'autres mesures d'atténuation des dommages.

Il est de l'intérêt de tous - donc de l'assurance aussi - de mettre en place des incitations claires favorisant les mesures de protection et les travaux d'adaptation des bâtiments. Un entretien opportun des bâtiments contribue largement à influencer positivement l'évolution des dommages, sachant que la vulnérabilité aux dommages augmente plus que proportionnellement par rapport à la vitesse du vent considérée.

Comment gérer le risque climatique?

Notre système économique ne pourrait plus fonctionner sans mécanismes efficaces de transfert de risque. Dans ce domaine, les compagnies d'assurance et de réassurance jouent un rôle majeur. Afin que cet état de fait demeure, toute modification intervenant dans le paysage des risques doit être identifiée et diffusée précocement.

Vu que, selon les circonstances, aucune tendance claire ne se dégagera pour les années à venir en matière de dommages, le défi principal consistera à ne pas se complaire dans une sécurité illusoire et dans l'inactivité. Les effets du changement climatique sur les tempêtes hivernales seront probablement très difficiles à enregistrer sur le plan statistique, la tendance sous-jacente étant marquée et fortement biaisée par de grands événements rares, aléatoires ou qui ne se produisent pas. Les milieux scientifiques et le secteur assurantiel jouent un rôle majeur en signalant l'augmentation de l'exposition et en encourageant le dialogue avec le public sur ce thème.

En effet. le changement climatique ne peut être maîtrisé par les seuls moyens actuariels. Si les assureurs y répondaient seulement par une hausse des primes, cela serait insatisfaisant pour toutes les parties concernées. Conformément au principe de développement durable, l'objectif devrait être de réduire les effets des catastrophes naturelles en influençant les conditions sociales pertinentes, de manière à atténuer les dommages.

Des modifications durables, initiées sur le long terme, supposent des mesures nouvelles et plus efficaces pour la protection du climat sollicitant aussi l'engagement des politiciens et de la société. Parmi ces mesures, citons la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d'énergie ainsi que le développement de technologies nouvelles plus écologiques. Une politique de l'habitat adéquate, des normes de construction appropriées et des systèmes d'alerte précoces peuvent exercer une influence décisive sur l'impact du changement climatique.

Concernent le climat, Swiss Re ne se limite pas à proposer des solutions d'assurance traditionnelle pour la branche dommages: l'entreprise se conforme au principe du développement durable dans toutes ses activités et développe des formes alternatives de transfert des risques, telles les obligations catastrophes et les dérivés météorologiques, qui permettent de maîtriser l'impact financier d'un climat en continuelle évolution.

Swiss Re s'engage aussi pour la réduction du réchauffement climatique en développant notamment des produits et des services soutenant des instruments basés sur le protocole de Kyoto ainsi que le marché des droits d'émissions, par des investissements dans des énergies renouvelables et par un débat politique actif au niveau mondial. Swiss Re entend mener une action responsable et invite tous les acteurs sociaux et économiques au dialogue dans le domaine des risques, la présente étude visant à y contribuer.

Références citées :

Etude : "Modelling European Winter Wind Storm Losses In Current and Future Climate". soumise au Journal Climatic Change, 2006. Auteurs : Schwierz (EPFZ), Heck (Swiss Re), Zenklusen (MeteoSwiss), Bresch (Swiss Re), Schäer (EPFZ), Vidale (EPFZ) et Wild (EPFZ)

=> SCHWIERZ, C., KÖLLNER-HECK, P., ZENKLUSEN MUTTER, E., BRESCH, D.N., VIDALE, P.L., WILD, M., SCHÄR, C. 2009. Modelling European winter wind storm losses in current and future climate. Climatic Change, in press, DOI 10.1007/s10584-009-9712-1

IPCC - Intergovernemental Panel on Climate Change (GIEC - Groupe Intergouvernemental d'Etude du Climat)