Réf. Rigolot 2011 - A

Référence bibliographique complète

RIGOLOT, E. 2011. Évolution des surfaces incendiées en fonction des changements météorologiques. Forêt méditerranéenne, T. XXXII, n° 2, 213–215.

Abstract: Il n’existe pas, en France, aujourd’hui, d’études scientifiques permettant d’établir un lien statistique entre incendies de forêt et changements climatiques. Pourtant lors de saisons météorologiques exceptionnelles, les dispositifs de prévention et de lutte ont montré leur limite. Seule l’Espagne a réalisé une étude rétrospective des statistiques des incendies confrontées aux enregistrements climatiques, qui montre des modifications du régime des incendies déjà à l’oeuvre, liées à une augmentation du risque météorologique feu de forêt.

Mots-clés
 

Organismes / Contact

INRA, Ecologie des Forêts Méditerranéennes (UR629), Site Agroparc, Domaine Saint Paul, 84914 Avignon cedex 9 - Mél : eric.rigolot@avignon.inra.fr


(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
       

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période(s) d'observation
France, Europe, Espagne          

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques
Reconstitutions

 

Observations

 

Modélisations

 

Hypothèses

 


Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 


(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel
Reconstitutions

 

Observations

 

Modélisations

 

Hypothèses

 


Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

 


(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa
Reconstitutions

 

Observations

En France les surfaces incendiées sont en baisse depuis 1990 malgré l’augmentation de l’indice de risque feux de forêt (IFM – Indice Forêt Météo) sur la période 1958-2008 (CLOPPET & REGIMBEAU, 2009) et malgré l’augmentation concomitante des surfaces des espaces naturels combustibles. Les effets combinés des dispositifs de prévention et de lutte sont mis en avant pour expliquer ces bons résultats et notamment l’efficacité du traitement des feux naissants. Il n’existe donc pas aujourd’hui de lien statistique entre incendies de forêt et changements climatiques dans notre pays.

Pourtant, lors de saisons météorologiques exceptionnelles comme l’a été la saison 2003, les dispositifs de prévention et de lutte ont montré leurs limites. Lors de la dernière décennie, les cinq pays européens de la façade méditerranéenne ont tour à tour fait l’expérience de ces conditions extrêmes et de ces grands incendies et même pour certains à plusieurs reprises. Mais très peu d’études scientifiques permettent d’établir que ces évènements extrêmes sont liés au changement climatique.

Les seules études actuellement disponibles proviennent d’Espagne. Il y a d’abord l’étude du météorologue Ayala-Carcedo en 2004 qui analyse les données nationales espagnoles sur 30 ans (1971-2000) et qui montre que l’évapo-transpiration potentielle, autrement dit la sécheresse de l’atmosphère, a augmenté de 15% sur la période. Il conclut à une africanisation du climat de l’Espagne continentale. Cette augmentation déjà observée de la composante météorologique du risque incendie de forêt en Espagne, a des conséquences mesurées par d’autres études espagnoles. Il s’agit d’études rétrospectives où les statistiques des incendies (occurrence, surface) sur le siècle passé sont confrontées aux enregistrements climatiques, pour montrer que des modifications du régime des incendies sont déjà à l’oeuvre.

PIÑOL et al (1998) ont construit deux indices de danger d’incendie à base météorologique pour la Catalogne en utilisant une longue série climatique (1941-1994). Le premier indice est une estimation de l’inflammabilité du combustible fin et mort, tel que le calcule l’ICONA à l’époque, et l’autre indice est dérivé de l’indice français de Pierre Carrega (amélioration de l’estimation de la réserve en eau du sol). Les valeurs estivales moyennes de ces deux indices augmentent sur la période 1941- 1994, mais aussi le nombre de jours par été où ces indices marquent des risques très élevés. Jusque-là, on retrouve les tendances de l’étude rétrospective française (CLOPPET & REGIMBEAU, 2009). La nouveauté réside dans la corrélation significative avec les statistiques incendie de Catalogne sur la période 1968-1994 en termes de nombre de feux et de surfaces brûlées.

Toujours en Espagne, PAUSAS (2004) a ensuite montré une augmentation nette du nombre annuel d’incendies et de la surface brûlée dans la région de Valencia sur le siècle passé, qui accompagne une augmentation des températures annuelles et estivales sur la même période de 0,35°C par décennie, ainsi qu’une légère tendance à la baisse des précipitations estivales. En Espagne, une augmentation du risque météorologique feu de forêt aurait donc amorcé un changement du régime des feux.

ALMAGRO (2009) montre que les grands incendies de forêts (plus de 500 ha) représentent une part toujours plus importante des surfaces annuelles parcourues par les incendies en Espagne. Au cours des deux dernières décennies, se distinguent les grands incendies se déroulant dans des conditions météorologiques extrêmes caractérisées par des températures élevées, des vents forts et une humidité relative de l’air très basse.

Notons enfin, qu’aussi bien les analyses statistiques rétrospectives que les études prospectives peinent à distinguer la part du changement imputable aux changements climatiques et aux changements d’usage des sols ou aux activités de prévention et de lutte contre les incendies.

Modélisations

Il existe en revanche des études prospectives fondées sur les projections climatiques. Pour la France, l’étude récente menée par l’Office national des forêts (ONF), l’Inventaire forestier national (IFN) et Météo France pour le compte de la Mission interministérielle sur l’extension des zones sensibles aux feux de forêt (CHATRY et al., 2010) estime que les zones à risque d’incendie de végétation qui représentent actuellement le tiers des surfaces de landes et de forêts de métropole devrait augmenter de 30% à l’horizon 2040, pour atteindre la moitié des surfaces forestières à l’échéance 2050.

Dans les régions subissant déjà le risque d’incendie, on peut s’attendre à un allongement de la période critique. Par une approche similaire menée à l’échelle de l’Europe, GIANNAKOPOULOS et al. (2005) ont projeté l’IFM canadien pour un scénario avec augmentation de 2°C des températures. A l’échéance 2030 – 2060, une augmentation de 1 à 6 semaines de la période de risque d’incendie est attendue dans les pays du pourtour méditerranéen.

Pour l’ensemble de l’Europe, l’étude récente de THONICKE et al. (2010) a modélisé les changements de régime des incendies de forêt sous l’effet des changements du climat et d’usage des sols. Cette étude conclut qu’un climat plus chaud et plus sec va augmenter le risque et la magnitude des incendies et de leurs effets, mais jusqu’à un certain seuil. En effet, pour le scénario le plus sévère (ECHAM-A2, concentration de 840 ppm en CO2), l’accumulation du combustible va décroître en région méditerranéenne au-delà d’un certain niveau de réchauffement, limitant ainsi les surfaces incendiées. Cette étude confirme en outre à moyen terme l’extension du risque incendie vers le nord et l’est de l’Europe.

Notons enfin, qu’aussi bien les analyses statistiques rétrospectives que les études prospectives peinent à distinguer la part du changement imputable aux changements climatiques et aux changements d’usage des sols ou aux activités de prévention et de lutte contre les incendies.

Hypothèses

Beaucoup d’études scientifiques portant sur des régions du monde où les incendies de végétation sont fréquents (Amérique du Nord, Australie) annoncent un impact des changements climatiques sur le régime des feux, avec une augmentation de la fréquence et de la gravité des incendies, une augmentation de la durée de la saison à risque et une augmentation de la fréquence des épisodes orageux dans l’hémisphère Nord engendrant plus de feux liés à la foudre (par ex. STOCK et al., 1981 ; WILLIAMS et al., 2001). Plusieurs auteurs démontrent qu’à terme, ce régime de feux plus sévère pourrait avoir un effet plus important sur la végétation que le changement climatique lui-même (par ex. DALE et al., 2001).


Paramètre de l'aléa
Sensibilité des paramètres de l'aléa à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

 

 


(4) - Remarques générales

 


(5) - Syntèses et préconisations

Concernant les mesures adaptatives, aucune étude spécifique sur la prévention des incendies de forêt n’a été menée à notre connaissance en Europe. En revanche, de nombreuses études ont été menées pour renforcer la résilience des peuplements face aux incendies aggravés par le changement climatique (par ex. VALDECANTOS et al., 2009).

Des mesures strictement sylvicoles recommandent des éclaircies dans la strate dominante pour réduire la biomasse qui transpire. Par exemple GARCIA et al. (1999) concluent que ces opérations sylvicoles permettent d’augmenter la disponibilité en eau pour les arbres maintenus, même si REGATO (2008) souligne le besoin de recherche qui subsiste dans ce domaine pour ajuster les recommandations à la diversité des espèces, âges et densité à considérer, y compris en mélange. Dans tous les cas, l’ouverture du milieu contribue à l’augmentation de l’éclairement des sous-bois qui peut favoriser le développement des strates basses combustibles. Ces mesures devraient donc s’accompagner nécessairement de débroussaillements associés pour maintenir un niveau de risque acceptable. Dans cet objectif, REGO (2008) recommande de combiner éclaircie et opérations de brûlage dirigé, plusieurs études récentes ayant montré l’intérêt de cette technique pour limiter les émissions de CO2 produites par les incendies (NARAYAN et al., 2007, DÉFOSSÉ et al., 2010).

Références citées :

Almagro C. (Ed.) 2009. El futuro en llamas : Cambio climático y evolución de los incendios forestales en España. Rapport Greenpeace Espagne. 44p.

Ayala-Carcedo F.J. 2004. La realidad del Cambio Climático en España y sus principales impactos ecológicos y socioeconómicos. Industria y Minería, 10-15.

Chatry C., Le Gallou J-Y., Le Quentrec M., Lafitte J-J., Laurens D., Creuchet B. 2010. Changement climatique et extension des zones sensibles aux feux de forêts. Rapport de la mission interministérielle. 190p.

Cloppet E., Regimbeau M. 2009. Estimation de l’impact du changement climatique dans le domaine de l’eau et des incendies de forêt. Rapport d’étude final Météo France. 90p.

Dale V.H., Joyce L.A., McNulty S., Neilson R.P., Ayres M.P., Flannigan M.D., Hanson P.J., Irland L.C., Lugo A.E., Peterson C.J., Simberloff D., Swanson F.J., Stocks B.J., Wotton B.M. 2001. Climate Change and Forest Disturbances. BioScience, 51 : 723-734.

Defossé G., Loguercio G., Oddi F.J., Molina J.C., Kraus P.D. 2010. Potential CO2 emissions mitigation through forest prescribed burning: A case study in Patagonia, Argentina. Forest Ecology and Management. dx.doi.org/10.1016/j.foreco.2010.11.021

Giannakopoulos C., Bindi M., Moriondo M., LeSager P., Tin T. 2005. Climate change impact in the Mediterranean resulting from a 2°C global temperature rise. Rapport préparé pour le WWF. Observatoire National d’Athènes, Grèce.

Gracia C.A., Sabate S., Martinez JM., Albeza E. 1999. Functional responses to thinning. In Ecology of Mediterranean Evergreen Oak Forests, eds. F. Roda, J. Retana, C. Gracia & J. Bellot, 329-338. Heidelberg: Springer-Verlag.

Narayan C., Fernandes P., van Brusselen J., Schuck A. 2007. Potential for CO2 emissions mitigation in Europe through prescribed burning in the context of the Kyoto protocol. Forest Ecol. Manage. 251(3) : 164-173

Piñol J., Terradas J., Lloret F. 1998. Climate warming, wildfire hazard, and wildfire occurrence in coastal eastern Spain. Climatic Change, 38: 345- 357.

Regato P. 2008. Adaptation au changement global, Les forêts méditerranéennes. Malaga, Espagne, Centre de coopération pour la Méditerranée de l’UICN. Réimprimé (2009). ii+ 254p.

Rego F. 2008. Forest strategies to prevent risks associated to climate change: The case of Portugal. In : Compte rendu présenté lors de l’atelier international UICN-WWF “Adaptation au changement climatique dans la gestion et la conservation des forêts méditerranéennes” Athènes, 2008

Stocks B.J., Fosberg M.A., Lynham T.J., Mearns L., Wotton B.M., Yang Q., Jin J.Z, Lawrence K., Hartley G.R., Mason J.A., McKenney D.W. 1998. Climate change and forest fire potential in Russia and Canadian boreal forests. Climatic Change, 38 : 1-13.

Thonicke K., Rammig A., Gumpenberger M. 2010. Changes in managed fires and wildfires under climate and land use change and the role of prescribed burning to reduce fire hazard under future climate conditions. Deliverable D4.2-1c / D4.2-4 of the Integrated project “Fire Paradox” Project n°FP6-018505, European Commission, 34p.

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Williams A.A., Kaboly D.J., Tapper N. 2001. The sensitivity of Australian fire danger to climate change. Climatic Change, 49 : 171-191.