Pôle Alpin Risques Naturels (PARN) Alpes–Climat–Risques Avec le soutien de la Région Rhône-Alpes (2007-2014)
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Fiche bibliographique

 

Réf. Planton & al. 2015 - A

Référence bibliographique
PLANTON, S., BOPP, L., BRUN, E., CATTIAUX, J.,CHAUVIN, F., CHEVALLIER, M., CIAIS, P., DOUVILLE, H., GIRAUD, G., SOUBEYROUX, J.-M., TERRAY, L. 2015. Evolution du climat depuis 1850. La Météorologie, N°88 ("Spécial Climat"), 48–55. DOI / PDF

Résumé : Les observations de température à la surface de la Terre réalisées depuis 1850 et les observations tant atmosphériques qu’océaniques qui se sont multipliées au cours des dernières décennies donnent l’image cohérente d’un réchauffement climatique sans équivoque depuis le milieu du XXe siècle. Ce réchauffement se manifeste aussi à l’échelle de la France métropolitaine où il s’accompagne d’une augmentation sensible de la sévérité des sécheresses depuis la fin des années 1980. Certaines tendances, concernant notamment la plupart des événements extrêmes, sont indiscernables de la variabilité climatique des échelles décennale à multidécennale. Cependant, l’attribution de l’essentiel du réchauffement en surface du dernier demi-siècle aux activités humaines ne fait quasiment plus aucun doute et l’empreinte anthropique est détectable dans nombre de tendances observées dans les différentes composantes du système climatique sur la même période. L’interprétation du ralentissement du réchauffement sur les quinze dernières années reste un enjeu de recherche dont les premières conclusions commencent à se dessiner.

Abstract: Observations of the Earth’s surface temperature since 1850, and atmospheric or oceanic observations that have increased in number over the past decades, provide a coherent picture of a unequivocal climate warming since the middle of the 20th century. This warming also manifests itself across metropolitan France where it is accompanied by a significant increase in the severity of droughts since the end of the 1980s. Some trends, including those of most of extreme events, remain indistinguishable from climate variability at the decadal to multi-decadal time scale. However, there is almost no doubt on the attribution of the most part of the Earth’s surface warming to human activities, and anthropogenic fingerprint is detectable in a large number of observed trends in the different components of the climate system over the same period. The interpretation of the slowdown of global warming over the last fifteen years remains a research challenge whose first findings begin to emerge.

Mots-clés

 


Organismes / Contact

• Centre national de recherchesmétéorologiques – Groupe d’étude de l’atmosphèremétéorologique,Météo-France / CNRS, Toulouse - serge.planton@meteo.fr
• Laboratoire des sciences de l’environnement et du climat, Institut Pierre-Simon Laplace, CEA / CNRS/ Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Gif-sur-Yvette
• Centre national de recherchesmétéorologiques –Groupe d’étude de l’atmosphèremétéorologique,Météo-France / CNRS, Grenoble
• Direction de la climatologie, Météo-France, Toulouse
• Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique, Toulouse


(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
Températures, Précipitations Sécheresse, Enneigement Tempêtes  

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période(s) d'observation
           

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques
Reconstitutions
 
Observations
Les changements dans l’état moyen du système climatique

Atmosphère et surface

Selon la dernière évaluation du Giec (2013), la température moyenne de la planète a augmenté en surface de près de 0,9 °C entre 1901 et 2012 (avec une probabilité de 90 % pour que le réchauffement soit compris entre 0,69 et 1,08 °C). Pour bien prendre la mesure de ce réchauffement, il suffit de le mettre en rapport avec celui qui sépare le dernier maximum glaciaire (il y a environ 21 000 ans) et la période actuelle. Les chercheurs évaluent cet écart comme étant probablement compris entre 3 et 8 °C. [La figure 1 permet de confronter, sur une même échelle de valeurs, les évolutions de la température planétaire moyenne annuelle en surface et celle de la France métropolitaine disponible à partir de 1900.] Il apparaît clairement que la variabilité interannuelle, mais aussi décennale et multidécennale, de la température est beaucoup plus importante à l’échelle de notre pays qu’à l’échelle mondiale. Cependant, l’évolution des moyennes décennales suffit à illustrer la similarité de l’évolution de la température sur l’ensemble de la période avec une première phase de réchauffement au début du siècle, suivie d’un palier des années 1940 aux années 1970, puis à nouveau une phase de réchauffement. Le réchauffement est pour la France de l’ordre de 1,3 °C sur la période 1901-2012, donc supérieur à celui de la planète.

Le constat d’un ralentissement du réchauffement sur les quinze dernières années peut être fait [à partir des courbes de moyennes décennales de la figure 1], tant à l’échelle planétaire qu’à celle de notre pays [....]. Mais d’ores et déjà, force est de constater que, comme l’ont affirmé les experts du Giec et comme l’Organisation météorologique mondiale l’a rappelé dans son rapport sur le climat de la première décennie du XXIe siècle (OMM, 2013), celle-ci a été la plus chaude de toutes les décennies qui se sont succédé depuis la mise en place des systèmes modernes de relevé des températures instrumentales, et donc depuis 1850.

Depuis le milieu du XXe siècle, les observations par radiosondages et par satellites montrent que la partie basse de l’atmosphère s’est aussi réchauffée et que la stratosphère s’est refroidie. Une évaluation précise des tendances se heurte toutefois aux difficultés de reconstruction évoquées en introduction. Les écarts sur les tendances restent importants en dehors des régions des latitudes extratropicales de l’hémisphère Nord. Ces mêmes modes d’observation montrent que la masse de vapeur d’eau atmosphérique (l’humidité spécifique) a augmenté au moins depuis les années 1970. Le rythme d’augmentation est compatible avec ce que prévoit la théorie lorsqu’on fait l’hypothèse d’une humidité relative constante (7 % d’augmentation par degré de réchauffement). Les précipitations, qui dépendent d’autres facteurs, n’ont cependant pas augmenté au même rythme. Elles auraient probablement augmenté en moyenne sur les continents des moyennes latitudes de l’hémisphère Nord depuis 1900, et la France n’y fait pas exception avec dans ce cas une accentuation du cycle saisonnier. En l’état actuel des analyses, il n’est cependant pas possible de tirer de conclusion aussi nette pour ce qui concerne les tendances de long terme dans la plupart des autres régions du globe, notamment dans les tropiques.

Océan

Un élément nouveau du dernier rapport du Giec concerne la correction des mesures du profil de température dans l’océan faites à partir de sondes dites XBT (Expendable Bathythermographs). Ces mesures nécessitent en effet l’application d’un modèle d’estimation de la vitesse de chute de la sonde dont il a été démontré qu’il était affecté par des erreurs importantes, à l’origine de biais chauds évoluant au cours du temps (Hamon et al., 2012). Après corrections et l’ajout des données les plus récentes, les observations montrent une tendance plus nette à l’augmentation du contenu thermique des 700 premiers mètres de l’océan mondial au cours des 40 dernières années.

Sur cette période, les calculs utilisant les observations disponibles montrent que la Terre a reçu plus d’énergie qu’elle n’en a perdue. D’après ces estimations, les océans dans leur ensemble, du fait de leur inertie thermique et de leur volume important, auraient absorbé l’essentiel de ce gain énergétique (environ 93 %) en accord avec le réchauffement observé. Si les 700 premiers mètres à eux seuls représentent 64 % du gain énergétique terrestre, les quelques 30 % restant auraient été absorbés en dessous, contribuant à réchauffer certaines couches profondes comme le montrent les observations (en général jusqu’à 2000 m de profondeur, mais aussi en dessous de 3000 m dans certaines régions de l’océan Austral).

Les changements de salinité à la surface de l’océan viennent confirmer un changement du cycle hydrologique qui ne peut pas être mis en évidence à partir d’observations de précipitations trop rares au-dessus des océans. Depuis les années 1950, les régions océaniques subtropicales où l’évaporation l’emporte sur les précipitations sont ainsi devenues plus salées, alors qu’à l’inverse les régions océaniques polaires et tropicales où les précipitations l’emportent sont devenues moins salées. Ces observations vont dans le sens d’une intensification du cycle hydrologique à l’échelle planétaire, en accord avec l’augmentation de la concentration en vapeur d’eau atmosphérique déjà mentionnée.

Concernant la circulation océanique, du fait du manque d’observations dans l’océan intermédiaire et profond, il n’est pas possible de mettre en évidence des tendances de long terme se distinguant d’une variabilité d’échelle multidécennale. C’est le cas pour la circulation méridienne océanique de retournement de l’Atlantique (AMOC, en anglais, Kuhlbrodt et al., 2007), l’un des plus importants modes de variabilité de l’Atlantique que l’on associe pour partie à la variabilité du Gulf Stream. [...]

Les changements dans les extrêmes climatiques


À l’échelle mondiale

Le réchauffement global observé depuis 1850 ne concerne pas seulement la moyenne, mais bien toute la distribution statistique des températures. Aux extrémités de celle-ci se trouvent les événements les plus rares – les extrêmes froids et chauds – dont la survenue s’accompagne généralement d’impacts socio-environnementaux importants. Mécaniquement, on s’attend à ce qu’un décalage de la distribution vers un climat plus chaud rende les extrêmes froids moins probables et les extrêmes chauds plus probables ; c’est bien ce que l’on observe.

Le dernier rapport du Giec (2013) confirme une hausse significative du nombre de jours chauds depuis 1950 et, symétriquement, une baisse du nombre de jours froids. Les résultats se déclinent aux échelles régionales, même si la disponibilité des mesures ne permet pas de conclure partout, notamment en Afrique. En parallèle, on observe une tendance globale à battre davantage de records quotidiens et mensuels chauds que froids, en particulier en Europe (Wergen et al., 2014). L’évolution globale des caractéristiques d’événements extrêmes d’une durée de plusieurs jours consécutifs va dans le même sens : les vagues de chaleur ont tendance à être plus fréquentes, plus intenses ou plus longues, tandis que le nombre de vagues de froid a significativement diminué depuis 1950.

À l’échelle globale, l’évolution observée des sécheresses a notamment été étudiée sur la base d’un indicateur empirique suggérant une évolution à la hausse au cours du XXe siècle. Les limites de tels indices ont cependant été mises en évidence et cette évolution globale a été remise en cause par d’autres auteurs. À l’instar des changements constatés sur les précipitations ou l’évapotranspiration, les tendances observées sont en fait avant tout régionales.

L’analyse des tendances concernant les cyclones tropicaux est particulièrement dépendante de l’évolution des systèmes d’observation. Ce n’est que depuis les années 1970, avec l’avènement des satellites, qu’un décompte exhaustif des cyclones a pu être entrepris et que les vents maximaux associés ont pu être estimés. Les méthodes d’estimation font cependant encore l’objet de discussions parmi les scientifiques. De plus, il reste difficile de distinguer des tendances sur les caractéristiques des cyclones sur une période d’une quarantaine d’année compte tenu de la variabilité décennale et multidécennale du climat des régions concernées. Les conclusions sur l’augmentation probable de l’intensité des cyclones depuis les années 1970, figurant dans le 4e rapport du Giec, ont ainsi été révisées. Le constat de tendances à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des cyclones les plus intenses sur cette période, est désormais limité au bassinAtlantique nord (Giec, 2013).

Les moyennes latitudes sont le théâtre de nombreuses perturbations dont un petit nombre seulement atteint le stade de tempêtes. Les observations montrent depuis les années 1970 des tendances au déplacement vers les pôles des régions de passage des tempêtes. Cependant, l’évolution de leur intensité depuis la moitié du XXe siècle diffère selon les études et les régions, pour partie en raison des différences entre les méthodes de détection des tempêtes et en raison de la qualité variable des ensembles de données utilisées. Le niveau de confiance dans les résultats concernant l’intensité des tempêtes est donc faible.

En France

Comme à l’échelle mondiale, en France, le nombre de jours chauds a augmenté et le nombre de jours froids a diminué au cours de la deuxième moitié du XXe siècle (Moisselin et Dubuisson, 2006). L’étude réalisée montre notamment que 80 % des séries d’observations analysées sur cette période présentent une hausse du nombre de jours de vagues de chaleur avec, en particulier, une augmentation d’au moins un jour par décennie pour un quart des séries. La diminution des extrêmes froids se traduit par une diminution du nombre de jours de gel de plus de 3 jours par décennie pour la moitié des séries. Par ailleurs, on observe une baisse du nombre de jours de vagues de froid au cours de la même période.

Si la canicule d’août 2003 illustre bien ces tendances de long terme, les récentes vagues de froid hivernales (hiver 2009-2010, décembre 2010, février 2012) pourraient paraître incompatibles avec les tendances observées. C’est le coeur de la problématique « signal sur bruit » : même dans un climat qui se réchauffe, la variabilité interne, responsable des événements extrêmes, reste capable de produire ponctuellement des épisodes froids. Mais ces épisodes sont modulés par le réchauffement de long terme : compte tenu de ses conditions synoptiques, l’hiver 2009-2010 aurait dû être aussi froid que les hivers glaciaux de 1939-1940 et 1962-1963 (Ouzeau et al., 2011). De même, l’année 2011 n’aurait pas été le record chaud en France sans le réchauffement de long terme (Cattiaux etYiou, 2012).

Les sécheresses se définissent comme un déficit hydrique anormal sur une période prolongée et se déclinent en différents types. Elles sont météorologiques pour un déficit de cumul de précipitations, agricoles ou édaphiques pour l’humidité des sols, hydrologiques pour les débits des cours d’eau ou le niveau des nappes. Grâce à un calcul d’indice approprié à chaque cas (Soubeyroux et al., 2012), un suivi des sécheresses a pu être réalisé à l’échelle de notre pays ou pour quelques très longues séries.

[ La figure 3 montre l’évolution des sécheresses météorologiques de longue durée à Paris depuis 1873.] Sans tendance climatique, la série est marquée par une forte variabilité interannuelle à décennale. La sécheresse de 1921 qui s’est étalée de décembre 1920 à mai 1922 est de loin la plus sévère des 150 dernières années, avec un pic en janvier 1922. Elle est suivie en termes de sévérité par deux sécheresses successives de la fin des années 1940 (octobre 1945 à mai 1946 et février 1949 à avril 1950). La sécheresse plus récente de 1976 n’arrive quant à elle qu’au 8e rang de la série. L’année 2003 n’a pas connu de sécheresse météorologique sévère (valeur de l’indice de l’ordre de –1), mais une sécheresse des sols exceptionnelle liée aux températures estivales caniculaires.

Le diagnostic sur l’évolution des sécheresses du sol, disponible depuis 1959 (début de la réanalyse Safran-Isba- Modcou, Vidal et al. (2010)), est assez différent. La figure 4, issue du nouvel indicateur sur les sécheresses du sol publié sur le site de l’Onerc, représente le pourcentage du territoire en sécheresse au cours d’une année. Si les événements les plus forts sont ceux de la période 1989-1990, la tendance à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses est sensible depuis la fin des années 1980 (moyenne glissante décennale) et s’illustre notamment par la répétition des épisodes secs depuis le début du XXIe siècle (2011, 2003, 2005). [...]
Modélisations
 
Hypothèses
 

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
"Nous nous intéressons dans cet article aux changements climatiques observés dans les différentes composantes du système climatique de 1850 à nos jours." Le choix de cette date particulière est essentiellement guidé par la date de début de la plus longue série disponible de la température moyenne planétaire en surface établie à partir de mesures thermométriques (Morice et al., 2012). Certaines séries locales reconstituées à partir de mesures de thermomètres couvrent bien sûr des périodes plus longues. C’est le cas de la série de températures mensuelles à Paris qui est la plus longue série continue, basée sur des mesures thermométriques, aujourd’hui existante (Rousseau, 2013). Mais, en deçà de 1850, ces séries étant trop peu nombreuses ou trop mal réparties, l’évaluation des températures moyennes sur des domaines étendus repose sur des marqueurs indirects aussi appelés proxies (Khodri et al., 2015, ce numéro). Il faut en effet attendre 1856 pour voir apparaître le premier réseau d’observations météorologiques géré par Emmanuel Liais à l’Observatoire de Paris sous la direction de l’astronome français Urbain Le Verrier (Locher, 2009).

La température en surface fait exception, car les autres indicateurs d’évolution du climat, issus d’observations instrumentales, sont loin de couvrir notre période d’intérêt. Les séries de mesures de précipitations couvrent des périodes de temps parfois séculaires, mais au détriment de la couverture spatiale. L’observation de l’atmosphère est quant à elle limitée par la disponibilité de mesures à partir de radiosondages dont les séries, corrigées de défauts importants d’homogénéité, ne débutent qu’en 1958. Le réseau dense d’observation de l’océan intermédiaire (jusqu’à 2000 m de profondeur) constitué par les flotteurs Argo n’a été mis en place qu’au début des années 2000. Par ailleurs, les données satellitaires ne peuvent renseigner qu’au plus quelques décennies et nécessitent une interprétation et une homogénéisation afin d’en déduire les variables d’intérêt climatique. Pour autant, grâce aux nouvelles études d’acquisition et de traitement de données, nous verrons que l’image de l’évolution du climat récent est devenue encore plus fidèle et complète qu’elle n’était après la publication du 4e rapport du Giec en 2007.

Outre la disponibilité de données instrumentales, une autre raison de se focaliser sur la période de 1850 à nos jours est que le milieu du XIXe siècle correspond aussi à une accélération de l’activité industrielle ayant débuté environ un siècle plus tôt en Europe. La connaissance des facteurs d’évolution du climat, et en particulier le rôle singulier que jouent les gaz à effet de serre en lien avec cette activité industrielle, a donc amené la communauté scientifique à se poser la question d’un éventuel lien entre cette accélération de l’activité industrielle et les tendances climatiques. Ce lien de causalité, jugé très probable dans le 4e rapport du Giec pour les températures en surface depuis 1950, a pu être récemment revisité et recherché dans les tendances observées des différentes composantes du système climatique.

(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel
Reconstitutions
 
Observations

Les changements dans l’état moyen du système climatique

Cryosphère


[...] Le manteau neigeux saisonnier, qui couvre plus de 40 millions de kilomètres carrés de l’hémisphère Nord au coeur de l’hiver, est également très sensible à l’évolution récente du climat. Le suivi de son étendue dans sa globalité n’est vraiment fiable que depuis les premières données satellitaires à la fin des années 1960. Ces données, en accord avec les observations locales et les reconstitutions, montrent principalement une très forte diminution de l’enneigement au printemps, en particulier en mai-juin dans les régions arctiques. La tendance sur les 40 dernières années correspond à une perte de surface par décennie équivalente à la superficie de la France. Aucune baisse significative de la hauteur de neige n’est détectée en plein hiver dans les régions de permafrost, ce qui maintient l’effet très isolant de la neige. La fonte plus précoce au printemps et la persistance de la neige en plein hiver contribuent sans aucun doute au réchauffement observé du permafrost en Sibérie et au Canada. Les régions tempérées, aux enneigements épisodiques, voient également ceux-ci diminuer fortement.

Dans les Alpes françaises, depuis le milieu des années 1980, tous les paramètres qui caractérisent l’enneigement hors couvert forestier – hauteur de neige, durée et fin de l’enneigement – sont à la baisse, baisse remarquable à très basse altitude (< 1000 m), plus faible au fur et à mesure que l’altitude augmente et devenant quasi nulle à partir de 2400 m [figure 2]. Les données du col de Porte, laboratoire de Météo-France situé dans le massif de la Chartreuse, à 1325 m d’altitude, conf irment cette tendance avec une baisse de 12 cm par décennie des hauteurs de neige moyennes, ainsi qu’une diminution significative des durées d’enneigement non nul (6 jours par décennie) et supérieur à 1 mètre (15 jours par décennie). [...]

Planton&al_2015_Fig_2

[Figure 2] : Enneigement moyen du massif du Mont-Blanc à 1200 m (en jaune), 1800 m (en rose) et à 3000 m (en noir) sur la période 1960-2013. Les valeurs sont exprimées en cm. Les droites représentent les tendances linéaires sur la période. Source : Centre d’études de la neige, CNRM/Météo- France.

Modélisations
 
Hypothèses
 

Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 
 

(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa
Reconstitutions
 
Observations
Les changements dans les extrêmes climatiques

En France

[...] Les conclusions tirées des analyses spécifiques des données concernant les tempêtes et les cyclones en France métropolitaine et d’outre-mer corroborent les résultats des analyses menées à l’échelle mondiale tout en les précisant à l’échelle du territoire. À titre d’exemple, une étude datant de 2002 (Dreveton, 2002) n’a montré aucune tendance à l’augmentation de la fréquence ou de l’intensité des tempêtes sur la deuxième moitié du XXe siècle, mais identifie une variabilité décennale et multidécennale.
Modélisations
 
Hypothèses
 

Paramètre de l'aléa
Sensibilité du paramètres de l'aléa à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)
 
 
 

(4) - Remarques générales
 

(5) - Syntèses et préconisations
Conclusion

Le changement climatique, dont nous venons d’évoquer les principales manifestations observables depuis que les réseaux d’observation météorologique ont été mis en place, se caractérise donc bien par un réchauffement climatique sans équivoque. Les données recueillies montrent la cohérence entre les tendances au réchauffement dans la basse atmosphère et en surface depuis le milieu du XXe siècle et d’autres tendances observées sur des périodes souvent plus courtes. C’est le cas pour les tendances à la fonte de la banquise arctique, à la diminution de l’enneigement dans l’hémisphère Nord, à la diminution de l’étendue des glaciers, à la fonte des calottes ou encore au réchauffement de l’océan superficiel et plus récemment des couches plus profondes. Ces tendances à la fonte des glaces et au réchauffement de l’océan sont aussi en accord avec celle de l’augmentation du niveau des mers à l’échelle mondiale (Cazenave et al., 2015, ce numéro). Mais nous avons vu que le changement climatique se caractérise aussi depuis les années 1950 par une tendance à l’intensification du cycle hydrologique associée à une augmentation de la vapeur d’eau atmosphérique au moins sur les dernières décennies. Plus difficiles à mettre en évidence pour les événements climatiques extrêmes, les observations montrent cependant sur la même période des tendances nettes à l’augmentation du nombre d’épisodes chauds et à une diminution du nombre d’épisodes froids. Les changements climatiques en France vont dans le même sens que les tendances mondiales tant pour ce qui concerne les températures moyennes que pour l’enneigement ou la fréquence des épisodes chauds et froids. Mais une autre caractéristique du climat de notre pays, qui ne se décline pas de la même façon dans les autres régions du monde, est aussi une tendance marquée à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses sur les deux dernières décennies.

Une autre singularité de la période de 1850 à nos jours est une augmentation des concentrations de gaz à effet de serre, et en particulier de CO2, liée aux activités humaines. Les études faisant le lien de cause à effet entre cette augmentation et les tendances observées dans les différentes composantes du système climatique, principalement depuis le milieu du siècle, se sont multipliées. Il est maintenant jugé extrêmement probable que l’essentiel du réchauffement des 60 dernières années soit attribuable à la cause anthropique.

Ce constat ne peut cependant être fait à l’échelle de temps d’une ou deux décennies, notamment les deux dernières. L’explication principale tient au fait que, sur des périodes de temps aussi courtes, il est beaucoup plus difficile de distinguer la variabilité climatique liée aux différents facteurs externes de la variabilité climatique interne. Pour autant, les recherches en cours sur l’interprétation du récent ralentissement du réchauffement en surface, si elles ne donnent pas encore matière à consensus, commencent à dégager une piste crédible. Celle-ci attribue un rôle prépondérant à la variabilité climatique interne et plus particulièrement celle du transfert de chaleur entre l’océan superf iciel et l’océan profond. Ce ralentissement ne remet pas par ailleurs en cause le constat d’une augmentation constante de l’énergie reçue par l’ensemble du système climatique, dont la part essentielle est absorbée par les océans et dont atteste notamment l’augmentation continue du niveau de la mer et le réchauffement récent de couches océaniques profondes.

Références citées :

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Cazenave A., Berthier E, Meyssignac B., Le Cozannet G., Masson-Delmotte V., Salas y Mélia D., 2015. Le niveau de la mer : variations passées, présentes et futures. La Météorologie, 88, 69-82.

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