Réf. Pichard 1995 - A

Référence bibliographique complète

PICHARD, G. 1995. Les crues sur le bas Rhône de 1500 à nos jours. Pour une histoire hydro-climatique. Méditerranée, Tome 82, 3-4, Les origines de Marseille. Environnement et archéologie, 105-116. [Etude en ligne]

 

Abstract: The floods of the Lower Rhône have been studied over a long period of time (1500-1994) and on a limited sector, essentially around Aries. This place offer a triple advantage: a very good stock of historical records, a recognised stability of the river bed, and a good continuity in the observation of the flood levels by local people and official services. The study of the annual, monthly and decennial distribution of these floods allows the correlation between the frequency of the river's frost and the frequency of the floods over 4 meters. The Little Ice Age (XVIth XIXth centuries) coincides with a frequency of the floods never reached in the twentieth century, with some very critical stages (Late sixteenth century, 1701- 1710, and 1811-1820). A high ratio of the spring and summer in the height of the long and colder stages has also been noted, which is another explanation for the high proportion of recurrent floods that have been noticed.

 

Résumé : Les crues sur le bas Rhône sont étudiées sur une longue période (1500-1994) et sur un secteur limité, pour l'essentiel Arles. Ce site offre le triple avantage de la présence de très riches sources historiques, d'une stabilité reconnue de son lit et d'une bonne continuité dans l'observation des hauteurs de crue par les riverains ou par les services spécialisés. L'étude de la répartition annuelle, mensuelle et décennale de ces crues permet de corréler la fréquence du gel des eaux du Rhône avec la fréquence des crues de plus de 4 mètres. La période du «Petit Age glaciaire» (XVIe-XIXe siècle) coïncide avec une fréquence jamais atteinte au XXe siècle, avec des phases critiques très prononcées (fin XVIe siècle; 1701- 1710 et 1811-1820). On constate aussi une forte proportion des crues de saison chaude (avril-septembre) au cœur des phases longues les plus froides.

 

Mots-clés

 

 

Organismes / Contact

• UFR d'Histoire, Université de Provence, Aix-en-Provence

 

(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)

(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)

(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)

(3) - Sous-type(s) d'aléa

 

 

 

 

 

Pays / Zone

Massif / Secteur

Site(s) d'étude

Exposition

Altitude

Période(s) d'observation

France

Bas Rhône

Arles et Avignon, principalement

 

 

 

 

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques

Reconstitutions

 

Observations

 

Modélisations

 

Hypothèses

 

 

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

 

(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel

Reconstitutions

 

Observations

 

Modélisations

 

Hypothèses

 

 

Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

 

 

(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa

Reconstitutions

LA GRANDE INTUMESCENCE DU « PETIT ÂGE GLACIAIRE »

Les données brutes, réparties année par année sur la trame mensuelle, comme leur groupement synthétique par décennies offrent l'évidence première de phases à fréquences élevées de crues. La répartition décennale y ajoute une configuration générale en forme d'un très long et net renflement compris entre le milieu du seizième siècle et les trois derniers quarts du vingtième. Les «sommets» se situeraient entre 1755 et 1816, pour prendre deux crues d'importance (mais il s'agit ici uniquement de fréquence et non d'intensité).

La coïncidence quasi exacte avec l'apogée des gels rhodaniens, toujours en fréquence mensuelle, apparaît comme le fait essentiel à retenir. Dans le détail, cette coïncidence est totale entre 1561 et 1580, en 1691-1700, en 1751-1760 et surtout en 1811-1820 et 1851-1860. Les «creux» ou périodes à gels rares offrent aussi des relations étroites avec la faiblesse des crues : voir 1601-1610, 1731-1750 (3 décennies bien groupées), ou encore 1791-1800 et 1901-1910. Il existe bien un comportement significatif du Rhône propre au Petit âge glaciaire, aussi bien dans la fréquence des crues que, sans doute, dans l'abondance et les modules (mais ce dernier point reste à établir).

On constate aussi des relations contradictoires apparentes : divergence importante pour la période 1671-1680, dans laquelle se place la plus haute crue du XVIIe siècle, en 1674 (1 pied 7 pouces au-dessus du quai d'Arles, soit une altitude de 5,45 m., le 16 novembre 1674). Mais l'une des deux pires périodes rhodaniennes est la décennie 1701-1710 (21 mois avec crues débordantes). Or le nombre des gels du Rhône y est très bas, compensé peut-être par une intensité record : le fameux hiver de 1709 ne doit pas tromper. Il fut d'autant plus douloureusement ressenti qu'il arrivait au bout d'une période où l'on s'était habitué à de relatives douceurs, comparées à l a fin du siècle précédent.

Une première explication de cette divergence réside précisément dans l'intensité record des écarts météorologiques de cette décennie exceptionnelle. Un hiver qui resta pour plus d'un siècle dans les mémoires, transmis par les générations, mais aussi des masses pluvieuses et une torrentialité provençale probablement sans comparaison possible, tant la quantité des conséquences et des témoignages produits pourra difficilement être surpassée (en particulier, des centaines, voire des milliers de procès-verbaux, rapports et contre-visites par les autorités provinciales figurant par exemple dans la série C des Archives départementales des Bouches-du-Rhône). L'étude devra en être faite séparément, ainsi que ses conséquences sur le bassin durancien et rhodanien.

On peut noter que le coefficient de corrélation entre série des crues et série des glaces rhodaniennes atteint 0,74 sans la décennie exceptionnelle de 1701-10 (49 couples de données) et seulement 0,58 avec elle (50 couples). Ces deux coefficients montrent, d'une part, qu'une relation entre les vagues de froid et celles de crues peut exister; mais que, d'autre part, elle ne peut être considérée comme univoque et constante. Si, en milieu alpin d'altitude, la coïncidence du froid et des précipitations intensives se traduit par des poussées glaciaires, il faut convenir qu'en milieu méditerranéen ces deux facteurs météorologiques, froid et humidité, ont une indépendance plus grande, en raison de la cyclogenèse particulière des grandes averses automnales. On peut d'ailleurs se demander si la bonne corrélation des autres périodes ne manifesterait pas un affaiblissement de ces conditions méditerranéennes, au profit d'influences boréales et océaniques. Ces considérations invitent donc à pousser plus loin l'investigation, ce qu'on ne peut ici qu'ébaucher.

La distribution saisonnière des crues offre une corrélation également intéressante, confortant l'hypothèse précédente. Si les crues printanières et estivales sont déjà bien présentes au seizième siècle, elles s'interrompent presque entre 1600 et 1650, en même temps que les crues hivernales et automnales se raréfient. Mais les dernières décennies du XVIIe siècle amorcent un régime du bas Rhône qui altère beaucoup son aspect méditerranéen puisque la saison chaude, de mai à août et même septembre prend une place désormais très surprenante : deux périodes, surtout, prennent ce caractère particulier : la fin du dix-septième siècle et une longue phase allant de 1755 au début du vingtième siècle (avec 36 crues situées de mai à septembre dans ce dernier cas). En 1850, un auteur arlésien, M. Jacquemin, écrit : « L'histoire néfaste des inondations [du Rhône] en indique à toutes les époques, à tous les mois de l'année, le seul mois de juillet excepté », cette dernière affirmation étant d'ailleurs controuvée. A contrario, on constate une nouvelle période, courte, avec absence de ce type de crues entre 1730 et 1755 : période de relative reconstruction économique pour toute la France et de difficile relèvement pour la production en Camargue. De même, disparition totale des crues de plus de 4 m en saison chaude depuis les années 1920, jusqu'à nos jours, au moment même (1924) ou les passages quasi annuels de glaces rhodaniennes s'interrompent presque définitivement à quelques rares épisodes isolés près (1929, 1942, 1956 et 1963). Ce réchauffement décisif des années 1920, constaté ailleurs et par d'autres sources (Berger, 1992) n'a jusqu'à présent pas été suffisamment souligné, au profit de trop vagues allusions à un réchauffement progressif depuis le dix-neuvième siècle.

Ces quelques faits permettent une conclusion provisoire : les grandes pointes de crues du « Petit Age glaciaire » peuvent provenir aussi bien d'averses méditerranéennes de printemps que de fonte des neiges, comme les sources locales l'affirment elles mêmes très souvent. Ce qu'il faudrait vérifier cas par cas, mais aussi de pluies d'origine océanique plus fréquentes. Cette période serait donc caractérisée par une accentuation très nette du régime nival, ou du régime océanique, sensible jusque dans la basse vallée du fleuve. La démonstration n'est pas impossible, mais demanderait une ample discussion. Pour le cas de la grande pointe de crue de la décennie 1701-1710, coïncidant avec des glaces rares (ci-dessus), on remarque que les crues d'avril à septembre procurent 28 % du total, tandis que, au contraire, la forte coïncidence des glaces rhodaniennes avec la pointe de crues en 1811-1820 est marquée par une proportion de 40 % de crues en saison chaude. M. Pardé avait esquissé cette évolution dans sa grande mise à jour publiée en 1942 : « il ne paraît guère douteux que, dans l'ensemble des Alpes françaises et dans le domaine alpestre suisse du Rhône, les régimes, depuis un siècle, sont devenus moins glaciaires et même moins nivaux» (p.91). En revanche une variation de l'abondance n'était pas décelable à partir des seules données comprises le plus souvent entre 1877 et 1936.


PHASES CRITIQUES ET MOUVEMENTS PERIODIQUES ?

M. Pardé (1928) avait aussi affirmé l'existence de crues périodiques, en s'appuyant sur des exemples de la fin du dix-neuvième et du vingtième siècles. Il insistait en fait beaucoup plus sur des groupements d'années significatifs que sur une périodicité dont une documentation trop courte, encore que déjà pluridécennale, ne pouvait lui apporter la preuve. Il ne s'agit pas ici de tomber dans des affirmations prématurées, mais une étude pluricentenaire est capable de montrer quelques grandes pulsations d'une périodicité de rang inférieure à celle dont le paragraphe précédent montrait l'ampleur plus que tri-centenaire.

L'observation des graphiques montre l’existence de ces groupements significatifs :

(1). Entre 1560 et 1600, un premier groupe serré de 27 grandes crues, en une phase qui culmine en 1586 par un changement du cours vers les embouchures et l'orientation plus à l'Ouest, dans le lit du Bras de Fer. C'est en Europe la première grande attaque du Petit Age glaciaire après celles du Moyen Age (Pfister, 1988a et 1988b) et la longue accalmie relative du premier seizième siècle (si l'on excepte la décennie 1521-1530, aux crues assez fréquentes et graves). Encore n'est-il pas exclu que les Guerres civiles et la mauvaise tenue des archives aient masqué en partie l'importance relative de ce groupe d'années de la fin du seizième siècle.

(2). Une période d'accalmie relative : (13 grandes crues seulement entre 1600 et 1640) correspond de façon très significative à la période de plus grande productivité des mas de Camargue, le temps des «gros épis», le sommet des courbes décimales (dîmes d'Ancien Régime), période que les contemporains virent s'achever un peu plus tard, en 1657, en notant le contraste. On fera ces rapprochements, ici même et ensuite, sans supposer une relation de causalité, qui demanderait, pour être établie, bien d'autres démarches méthodologiques.

(3). Une nouvelle aggravation par paliers successifs croissants que l'on peut situer vers 1651, 1674, 1696, culminant vers les records absolus de 1708, paliers coupés de deux répits très relatifs. L'époque se termine par une nouvelle crise des embouchures, très grave, mobilisant les autorités au Ministère et à l'Intendance de la Marine à Toulon. C'est une des périodes les mieux connues (Pichard, 1983, Caritey, 1995), qu'il faudrait détailler ici année par année, montrer l'évolution étonnante du Petit Rhône dont les ingénieurs mesuraient avec angoisse l'accroissement constant aux dépens de la branche maîtresse; décrire la désorganisation totale des chaussées, dont les eaux atteignaient le couronnement. Les «reculats» précipités ordonnés par les Associations, consistant en un retrait ou recul des chaussées ou digues (Gangneux, s.d. [Chap. IV] et 1988) pour laisser place à des modules dont «homme vivant» n'avait jamais constaté l'équivalent. C'est le pessimum, désormais bien connu (en particulier M. Lachiver (1991), J.P. Legrand et M. Le Goff (1992)), de la fin du dix-septième siècle, avec ses hivers terribles, mais aussi, on le voit ici, une hydraulicité continentale déchaînée, ponctuée par les catastrophes torrentielles provençales débutant en 1651 et culminant en Haute Provence en 1702 et dans toute la Provence en 1705. A nouveau, la période se termina par un changement du cours inférieur, l'embouchure migrant vers l'est/sud-est, dans la branche dite «des Launes», avec, il faut le dire, une puissante pesée du facteur anthropique, le nouveau cours ayant été presque préparé et voulu par les autorités maritimes, devant l'encombrement alluvionnaire du Bras de Fer et de la barre le prolongeant : creusement du Canal des Launes -ou Lones- en 1706, pour dessaler les étangs, puis pour détourner la navigation (Pichard, 1983 et Caritey, 1995).

(4). Une nouvelle et réelle accalmie débuta après 1712, à peu près maintenue jusqu'en 1754-55. Ce «creux» coïncide bien avec l'accalmie constatée dans la fréquence des glaces rhodaniennes. Une reprise lente, hésitante, se dessinait peu à peu en Camargue et en Provence, non sans de très graves sécheresses, attaques d'acridiens particulièrement tenaces et déchaînements orageux d'une grande violence. Il y eut bien quelques montées des eaux rapides et de graves inondations, surtout en 1725, mais en 1740 l'ingénieur M. Pitot pouvait déclarer: «depuis 1712 que le Rhône s'est fait une nouvelle Embouchure par le Canal des Launes, ses grandes Eaux ont si fort diminué, qu'on a pour ainsi dire oublié que les Inondations de ce Fleuve soient à craindre... ces Digues sont un peu trop négligées, surtout celles de l'Ordre de Malthe» (15). La nuance «continentale» accentuée constatée en Suisse après 1730 (Pfister, 1988a) pourrait bien avoir eu ici aussi sa traduction climatique au bord de la Méditerranée. Les sécheresses et leur compléments orageux survinrent sur un milieu naturel épuisé du point de vue écologique (inondations perpétuelles de la décennie 1700 et hiver de 1709), affaiblissement dont les nuées de sauterelles ne furent peut-être que le symptôme. La reprise qui se dessina ensuite dans la production des céréales allait se heurter à de nouvelles aggravations, brutales, parfois brèves, mais aux conséquences tout à fait néfastes, décourageant périodiquement les initiatives de reconstruction et d'extension des cultures (surtout les oliviers). C'est le cataclysme imprévisible cette fois, de 1755, puis les années noires situées entre 1766 et 1774, le froid, l'humidité et l'inondation cumulant leurs effets pour une longue période. Cette période (1754- 1774) ne connut que quelques années de calme hydrologique et thermique, insuffisantes pour modifier une tonalité sévère : la crue de 1755 aurait atteint la cote de 5,45 m à Arles (2 pans au-dessus du quai du Port), une crue pour laquelle on dispose d'une masse très importante d'informations et qui mériterait une étude particulière.

(5). On eut encore une courte période de crues rares, avec sécheresses graves (ces dernières, en 1783 et 1784), tandis que culminait en 1788-89 la courbe tendancielle (moyennes mobiles) des gels du Rhône. Le déclin de l'Empire et le début de la Restauration virent un nouveau record de crues, équivalent de son homologue du début du dix-huitième. Les 18 mois à crues graves de la décennie 1811-1820 coïncident, on l'a vu, avec le record des gels du Rhône sur la courbe conjoncturelle du graphique : passages de glaces et englacements superficiels étant cependant confondus dans ces courbes. La production des mas, qui semblait décoller avant 1811, rechuta à nouveau et les crues de 1810 et 1816 s'inscrivirent comme de nouvelles catastrophes, mais cette fois sans modification des embouchures, la branche des Launes ayant été constamment consolidée par des travaux de correction au cours du siècle précédent, même si les vieilles associations locales étaient à nouveau en crise et les digues de Camargue négligées.

(6). Une accalmie relative caractérise alors la décennie 1820 et surtout 1830, avant la nouvelle poussée de crues des années 1840 à 1860, ponctuée par celle de 1840, la plus haute du siècle (et même bien en deçà) à Avignon et son homologue de 1856 pour Arles et la Camargue, crue record (5 m 58 sur le zéro de l'échelle de l'écluse du Canal Bouc-Arles) et considérée comme une référence pour longtemps (Pardé, 1925). Pourtant, au regard des fréquences décennales, cette crue arrive sur une tendance longue à la baisse, par paliers progressifs, exact symétrique du processus de hausse constaté au dix-septième siècle (ci-dessus 3.). La décrue tendancielle des fréquences s'affirme nettement, étalée sur près d'un siècle, de 1860 à 1950. Dans le détail, on constate toujours des alternances de hausses et de baisses, mais d'amplitude toujours plus réduites, pour aboutir à l'absence presque totale de crue de 4 mètres et plus à l'échelle d'Arles, durant toute la décennie 1981 à 1990. On sait qu'après 1960, l'aménagement de la Durance prive le Rhône, d'un apport autrefois essentiel ; mais ce n'est sûrement pas le seul facteur de faiblesse. Même sur le plan des intensités (hauteurs et débits), on pourrait constater une baisse longue et continue depuis le début du dix-neuvième siècle, ainsi qu'un creusement de longue durée des étiages, baisse et creusement en général bien corrélés avec module et abondance du fleuve. Les crues d'octobre 1993 et de février et novembre 1994 contribueront peut-être à amorcer une autre tendance. On remarque en outre que ces années récentes de très basses eaux rhodaniennes coïncident avec des records de températures annuelles, jamais observés antérieurement (Berger, 1992).


CONCLUSIONS

Cet essai d'analyse sérielle des crues du Rhône s'appuie sur un corpus de textes et d'observations dont on n'a pu présenter ici que très sommairement la critique, pourtant essentielle. Les plus graves crues sont détaillées dans leurs circonstances, les dégâts occasionnés et leur évaluation monétaire, les champs d'inondation, les mesures de circonstance prises par les autorités -et les critiques qui, ici et là, s'expriment parfois-. L'analyse des causalités climatiques n'a été qu'effleurée et elle réserve, pour une étude plus détaillée, une ample moisson d'informations, surtout si on lui adjoint l'étude de la torrentialité méditerranéenne. Au moins peut-on mettre ici en évidence une liaison peu contestable entre les épisodes des glaces rhodaniennes -dont le détail reste aussi à préciser- et la forte récurrence des crues, notamment entre le milieu du seizième et celui du dix-neuvième siècle. Les exceptions n'altèrent pas cette constatation d'ensemble, mais engagent au contraire à poursuivre la recherche, tenant compte de la complexité du régime du Bas Rhône dans lequel s'affrontent influences océaniques et méditerranéennes. L'importance des crues de saison chaude à la fin du dix-septième siècle et après 1755 est une preuve supplémentaire de variations importantes de ce régime. Une alternance périodique peut également être dégagée, même si le simple groupement décennal en masque ou en déforme quelque peu les limites, alternance que l'on retrouve aussi dans la chronologie des glaces du Rhône. Ce problème des glaces rhodaniennes a été exposé, sur une période plus longue, par M. Jorda et J.C. Roditis (1993), dans cette revue. Les présentes recherches à la fois confirment et modifient les conclusions auxquelles ils parviennent sur la fréquence générale de ces épisodes et en particulier dans le cours d'un dix-neuvième siècle plus longtemps et plus profondément soumis à des rigueurs hivernales qu'il n'est parfois admis. D'autres études historiques des crues seront nécessaires dans les sections amont du fleuve pour évaluer les concordances. Il serait temps de rajeunir les anciens catalogues comme ceux de M. Champion (1864) ou de Villard (1887-90), repris sans beaucoup de critique par des compilations encore plus vastes comme celle de C. Wekinn (1958- 1963). S'il est encore nécessaire d'établir des listes, il faut en sortir, et l'historien doit explorer les possibilités interdisciplinaires, surtout, comme c'est le cas en France, cette histoire de l'environnement qui est encore marginale dans la pratique historienne et surtout sans base institutionnelle. Dans l'immédiat, on pourrait attendre des médiévistes une étude des sources afin d'évaluer le comportement du fleuve au moment de l'aggravation climatique des XIVe et XVe siècles (notamment à la charnière de ces deux siècles).

Observations

 

Modélisations

 

Hypothèses

 

 

Paramètre de l'aléa

Sensibilité des paramètres de l'aléa à des paramètres climatiques

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

Fréquence des crues

 

L'aptitude d'un fleuve comme le Rhône à répondre, par ses épisodes de gels, de crues et d'étiages, aux sollicitations de l'environnement climatique à l'époque dite du « Petit âge glaciaire » est testée ici à travers les sources historiques. L'étude est poursuivie conjointement avec le dépouillement des sources météorologiques de la région, soit instrumentales depuis leur origine (Montpellier, 1708 et Marseille, 1709) soit non instrumentales.

L’étude a pour objectifs de mettre en évidence la possibilité d'une étude des phases hydrologiques historiques, moyennant les préalables méthodologiques à résoudre, et indiquer les résultats les plus généraux de l'application de ces méthodes sur l'exemple rhodanien. Plus qu'une étude des épisodes ponctuels on recherche ici les phases ou les groupements éventuels d'années à crues récurrentes, d'où une préférence pour une longue durée pluriséculaire doublée d'une confrontation avec les données hydrométriques depuis qu'elles existent.

Une traduction graphique s'avéra vite indispensable devant le flot de la documentation mise à jour. Ainsi s'ébaucha une banque de données rhodaniennes répartie sur une échelle annuelle et selon une trame mensuelle. Le choix du bas Rhône répondit d'une part à la volonté de tester cette recherche au sein d'un environnement méditerranéen, d'autre part à l'existence de sites documentaires d'une richesse exceptionnelle : Arles et Avignon, principalement.

La documentation de la période en question peut se répartir en deux longues séries, la première pouvant être prolongée aisément durant la seconde : (1) Une séquence documentaire classique, mettant en œuvre des sources principalement narratives, non ou très peu spécialisées (annales locales, archives municipales, délibérations, livres de raison, délibérations des associations de défense contre les crues…) ; (2) Une documentation issue des services techniques spécialisés (Ponts et Chaussées, Service spécial du Rhône ou de la Navigation). [voir détails dans l’étude]

 

(4) - Remarques générales

Si l'on veut remonter aux causes des crues on peut signaler que les phénomènes de torrentialité dans le domaine provençal ont laissé de nombreuses traces dans les archives [En particulier, des centaines, voire des milliers de procès-verbaux, rapports et contre-visites par les autorités provinciales figurant par exemple dans la série C des Archives départementales des Bouches-du-Rhône. Ces documents pourront constituer le complément indispensable de la présente étude]. Puis les conséquences de ces phénomènes sur la production agricole ont été largement explorées à travers un riche fonds d'archives allant des comptes d'exploitation aux séries séculaires des prélèvements sur le produit brut réel (dîmes d'Ancien régime) et aux papiers et enquêtes des administrations.

 

(5) - Syntèses et préconisations

 

Références citées :

Berger A., (1992).- Le Climat de la Terre, De Boek Université, Bruxelles, 479 p.

Caritey C, (1995).- L'évolution de l’embouchure du Rhône du milieu du XVII' siècle à la fin du XIX' -relations avec le régime du fleuve-. Mémoire de Maîtrise, Université de Provence, Aix-Marseille I, Institut de Géographie, 100 p.

Champion M., (185S-1S64).- Les inondations en France depuis le VI' siècle jusqu'à nos jours. Recherches et Documents, Paris, tome l (1858),2(1859),3(1861),4(1862),5(1863), 6 (1864).

Gangneux G., (s.d.).- L'Ordre de Malte en Camargue du XVIIe au XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Grenoble.

Jorda M., (1983).- La torrentialité holocène des Alpes françaises du Sud. Facteurs anthropiques et paramètres naturels de son évolution, Symposium International : les modifications de l'environnement dans le bassin méditerranéen occidental à la fin du Pléistocène et pendant l'Holocène. Cahiers ligures de la Préhistoire, hors-série, Toulouse, n° 2, p.49-70.

Legrand J.-P. et Le Goff M., (1992).- Les observations météorologiques de Louis Morin, Monographie N° 6, Direction de la Météorologie Nationale, Météo France, Paris.

Pardé M., (1925).- Le Régime du Rhône. Etude hydrologique, 2 vol.. Thèse de doctorat. Université de Grenoble (Lettres), 887 et 440 p.

Pardé M., (1928).- Périodicité des grandes inondations et crues exceptionnelles, Revue de Géographie Alpine, 26, p.499-519.

Pardé M., (1942).- Quelques nouveautés sur le régime du Rhône, Mémoires et Documents, Institut des Etudes rhodaniennes de l'Université de Lyon, , Lyon, 172 p. et tabl.

Pfister C, (1988a).- Klimageschichte der Schweiz, 1525-1860, Band I. Stuttgart.

Pfister C, (1988 b).- Une rétrospective météorologique de l'Europe. Un système de reconstitution de l'évolution du temps et du climat en Europe depuis le Moyen Age central, Histoire et Mesure, Vol. III, 1988, p.3 13-358.

Pichard G., (1983).- Marine royale et histoire de l'environnement en Provence, in 108e Congrès national des Sociétés savantes, Grenoble, 1983, Colloque d'histoire maritime, p.287-316.

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Weikkin C, (1958-1963).- Quellentexte zur Wittenmgsgeschichte Europas von der Zeitwende bis zum Jahre 1850, Hydrographie l, Teil, 1,2,3,4, Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin Institut fülr physikalische Hydrographie, Berlin, 531,486, 586, 381 p.