Réf. Garitte & al. 2007

Référence bibliographique complète

GARITTE, G., LAHOUSSE, P., THENARD, L., SALVADOR, P.G. 2007. Évolution contemporaine de l’activité torrentielle sur les cônes de déjection de la basse vallée de la Clarée (Briançonnais, Alpes du Sud). Géomorphologie : relief, processus, environnement, n°4, 293-308.

Résumé : Les cônes de déjection de certains cours d’eau en montagne sont les témoins de l’activité torrentielle. Or, leur dynamique évolue sans cesse sous l’influence de nombreux paramètres environnementaux. Cette évolution peut être appréhendée en examinant les modifications de la largeur des bandes actives. L’évolution contemporaine de l’activité des torrents de la basse vallée de la Clarée est étudiée en se fondant, d’une part, sur l’analyse de leur cône de déjection à travers l’étude diachronique de photographies aériennes et de documents d’archives des 100 dernières années et, d’autre part, sur les résultats de l’observation de différents torrents grâce à des mesures topométriques décrivant l’évolution de leurs chenaux durant la dernière décennie. Les résultats mettent en évidence l’originalité des facteurs commandant l’ajustement morphologique des torrents de la vallée et les conséquences cindyniques de cette évolution contemporaine.

Mots-clés
Torrent, Bandes actives, Risques, Alpes

Organismes / Contact
Laboratoire Territoires, Villes, Environnement, Société, EA 4019. UFR de Géographie et Aménagement, université des Sciences et Technologies de Lille, 59655 Villeneuve d’Ascq cedex.
Courriels : gilles@garitte.net ; philippe.lahousse@univ-lille1.fr ; lucas.thenard@hotmail.fr ; pierregil.salvador@univ–lille1.fr

(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
Température Végétation (couvert forestier) Aléa torrentiel Laves torrentielles

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période(s) d'observation
France : Briançonnais, Alpes du Sud (Hautes-Alpes) Vallée de la Clarée Torrent du Roubion, torrent du Creuzet, torrent des Acles, ravin des Sables, ravin de la Pinatelle, torrent de Granon, torrent des Gamattes, ravin des Fournéous, torrent de la Ruine, ravin de Cratourié, ravin de l'Enrouye, torrent des Ruines, torrent de Malefosse   Vallée de la Clarée : 1350 à 3070m Photos aériennes entre 1939 et 2003
Relevés topographiques entre 1999 et 2006
Discussion sur la période depuis 1850

(1) - Modifications des paramètres atmosphériques
Reconstitutions
 
Observations
 
Modélisations
 
Hypothèses
 

Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 


(2) - Effets du changement climatique sur le milieu naturel
Reconstitutions
 
Observations

[...] À la fin du XIXe siècle, dans une étude consacrée à l’évolution de la limite supérieure de la forêt, D. Martin (1890) rendait compte involontairement des effets de la péjoration climatique du petit âge glaciaire sur la couverture forestière. Il y décrit, en effet, « une retraite très marquée des diverses espèces forestières » et souligne que le « mouvement rétrograde de la végétation ne paraît pas appartenir exclusivement au XIXe siècle, mais a dû commencer, il y a quelques centaines d’années ». Au contraire, les données statistiques fournies par l’ouvrage de P. Buffault (1913) et les relevés effectués depuis 1973 dans le cadre de l’Inventaire Forestier National (IFN) font état d’une forte progression du taux de boisement dans le Briançonnais de 13 % en 1913 à 21 % en 1999. De telles données n’existent pas pour la vallée de la Clarée.

Les documents iconographiques anciens permettent cependant d’apprécier l’évolution de la couverture végétale dans quelques secteurs. Celui du Ravin des Fournéous est à ce propos remarquable car la progression du taux de couverture végétale, de l’ordre de 15 % en 1909 à près de 40 % en 2005, y est entièrement spontanée (Garitte, 2006). Logiquement, la forêt a essentiellement progressé dans la partie inférieure du versant au-dessous de 1 800 m d’altitude. À l’amont, la limite supérieure de la forêt est restée relativement stable et l’évolution se résume principalement à une densification des peuplements.

Même si elle y est moins spectaculaire, la reconquête forestière est également perceptible dans le bassin versant du Creuzet. Hormis sur le cône de déjection, où le développement de la forêt s’explique essentiellement par la déprise rurale, la végétation colonise ici encore les tabliers d’éboulis, privant ainsi le torrent d’une partie de ses apports en sédiments.

Le cas du Roubion est plus délicat car nous n’avons retrouvé aucun document faisant état de l’étendue des reboisements effectués par les services forestiers. Quoi qu’il en soit, la définition en 1887 d’un périmètre de RTM de 234 ha dans la partie médiane du torrent ne peut suffire à rendre compte de la progression contemporaine de l’emprise forestière attestée par la comparaison de l’aquarelle militaire de 1895 avec la situation actuelle. La reconquête forestière y est donc au moins en partie naturelle, comme dans le secteur excentré de la Combe St-Martin qui n’a pas subi l’intervention des services RTM.

Modélisations
 
Hypothèses
 

Sensibilité du milieu à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

 

 

(3) - Effets du changement climatique sur l'aléa
Reconstitutions

Introduction:
Les caractéristiques sédimentologiques des cônes de déjection du bassin durancien témoignent de la complexité de l’évolution du détritisme torrentiel d’âge tardiglaciaire et holocène dans les Alpes du Sud (Gautier 1992 ; Rosique, 1996 ; Jorda et Provansal, 1996 ; Ballandras, 2002 ; Jorda et al., 2002 ; Miramont et al., 2004). Cependant les crises morphogéniques des 15 000 dernières années s’inscrivent dans un contexte généralisé de tarissement des sources sédimentaires, qui s’est traduit par un amenuisement progressif des remblaiements torrentiels (Jorda, 1993). À l’issue du petit âge glaciaire, les cônes de déjection de la vallée de la Clarée étaient donc déjà en partie libérés de l’emprise de leurs torrents respectifs. [...] Au-delà [des nombreux phénomènes paroxystiques de débordements torrentiels répertoriés depuis le milieu du XIXe (Baraille, 2001 ; Blanchard et al., 2006)], les changements environnementaux de la période contemporaine se sont traduits par un phénomène de rétraction des lits torrentiels sur les cônes de déjection, conforme à ce qui a déjà été observé et analysé dans d’autres secteurs des Alpes du Sud (Piégay et Salvador, 1997 ; Landon et Piégay, 1999 ; Liébault et Piégay 2002 ; Liébault, 2003 ; Flez et Lahousse, 2003). Il existe donc aujourd’hui un paradoxe entre l’image d’apaisement de la torrentialité reflétée par les cônes de déjection et la persistance des crues torrentielles dommageables dans le Briançonnais. Certes, le régime spasmodique des torrents est l’une de leurs principales caractéristiques, mais il est désormais mis en exergue par la modestie du fonctionnement habituel qui tranche davantage avec les épisodes de crues extrêmes. [...]

[voir les résultats sur (1) l’évolution séculaire de l’emprise torrentielle sur les cônes de déjection et (2) sur la dynamique torrentielle actuelle, p. 17 à 23...]

Les spécificités de l’ajustement morphologique des torrents depuis 1850 [vallée de la Clarée]:
Les investigations menées dans l’ensemble de la vallée ont permis d’exclure l’hypothèse qu’un abaissement du niveau de base local soit à l’origine de la contraction et de l’incision des bandes actives qui caractérise l’ajustement morphologique contemporain des torrents affluents de la Clarée (Garitte, 2006). Cela tend dès lors à privilégier l’hypothèse généralement admise d’un tarissement du transit sédimentaire conduisant à une modification du rapport entre débit solide et débit liquide (Friedman et al., 1996). Toutefois, dans la vallée de la Clarée ce phénomène apparaît original par rapport aux modèles déjà décrits dans les Préalpes du Sud (Liébault et Piégay, 2002 ; Liébault, 2003). Ici l’évolution ne se résume pas uniquement à une rétraction des bandes actives torrentielles. En effet, plusieurs torrents ont un cône de déjection dépourvu de chenal d’écoulement. Dans leur cas, l’évolution contemporaine de la torrentialité s’est plutôt traduite par une réduction de la zone d’emprise entretenue par les crues de faible et moyenne fréquence (période de retour inférieure à 5 ans). Il s’agit toujours d’organismes à écoulement épisodique, associés à de petits bassins versants de 1,3 km2 en moyenne et en forte pente [...].

Alors que dans la Drôme, les crues majeures récentes n’ont généralement eu aucune conséquence morphologique importante (Liébault et Piégay, 2001), la plupart des torrents de la vallée de la Clarée sont encore susceptibles d’anéantir en l’espace d’une seule crue une partie de la forêt riveraine et ainsi de freiner la rétraction des lits [aspect, déjà signalé dans les vallées intra-alpines de l’Ubaye et du Guil (Flez et Lahousse, 2003, 2004 ; Arnaud-Fasseta et Fort, 2004 ; Flez et Garitte, 2006) ...].

Au-delà des caractéristiques propres à chaque torrent (morphologie, type d’écoulement, etc.) qui impliquent des modalités distinctes dans l’intensité et le rythme de l’évolution des bandes actives, la réversibilité épisodique du phénomène de rétraction observée dans le cas des affluents de la Clarée est en partie responsable du défaut de synchronisme dans l’ajustement morphologique de ces organismes aux changements environnementaux contemporains. Précoces sur le torrent de Roubion, et même complètement aboutie avant 1939 sur celui de Granon, la contraction des bandes actives intervient principalement, et de manière régulière, durant la seconde moitié du XXe siècle dans le cas des Acles, alors qu’elle se concentre entre 1939 et 1952 le long des Ruines. Du coup, l’accélération de ce phénomène de rétraction souvent constatée dans les Alpes au cours de la période 1950-1970 (Billi et Rinaldi, 1997 ; Liébault, 2003 ; Flez et Lahousse, 2003, 2004) n’intervient pas dans ce secteur de la haute Durance.

Conclusion:
[Les auteurs soulignent] le rôle prépondérant des paramètres bioclimatiques dans l’ajustement morphologique des lits torrentiels. Ceux qui ont été mis en évidence dans d’autres secteurs de moyenne montagne s’appliquent d’autant moins à la vallée de la Clarée que sa situation en haute montagne, comprise entre 1 350 et 3 070 m d’altitude, est propice aux précipitations orageuses pouvant déboucher sur le déclenchement de laves torrentielles aux effets morphogéniques significatifs. On mesure toute l’ambiguïté de la tendance séculaire à la rétraction de l’emprise torrentielle sur les cônes de déjection ; celle-ci doit être interprétée comme la réponse géomorphologique des torrents à la réduction de la fréquence des crues de faible et moyenne magnitude, et non pas comme la disparition progressive d’un aléa torrentiel toujours omniprésent en haute montagne.

Observations
 
Modélisations
 
Hypothèses
 

Paramètre de l'aléa
Sensibilité des paramètres de l'aléa à des paramètres climatiques
Informations complémentaires (données utilisées, méthode, scénarios, etc.)

Fréquence et intensité des crues (appréciée via la la largeur de la bande active des lits torrentiels)

 

Les facteurs responsables de l’ajustement morphologique des lits torrentiels:
Discerner le rôle respectif des facteurs bioclimatiques et anthropiques dans la contraction des bandes actives sur le cône de déjection des torrents est une entreprise souvent délicate dans la mesure où les interventions des services forestiers et la déprise rurale ont eu lieu consécutivement à l’amélioration climatique contemporaine. Dans les affluents de la vallée de la Clarée, la rétraction des bandes actives semble avoir commencé indépendamment des travaux des services RTM puisque ceux-ci ne touchent que cinq torrents, dont la correction a été entreprise pour l’essentiel durant la seconde moitié du XXe siècle (Garitte, 2006). Ce n’est pas non plus la déprise rurale contemporaine qui peut ici expliquer la reconquête forestière et le tarissement consécutif des sources sédimentaires. La pression pastorale n’a en effet cessé de croître dans les bassins versants au cours du XXe siècle [...]. Du coup, l’influence des facteurs bioclimatiques semble être de premier ordre. [...]

Le rôle inhibant de la forêt sur le volume des crues et le transit sédimentaire dans les bassins versants de montagne est un fait souvent démontré (Rey et al., 2002 ; Cosandey et al., 2005 ; Piégay et al., 2004). Dans les bassins des affluents de la Clarée, l’originalité réside plutôt dans l’explication essentiellement climatique de la reconquête forestière qui, du coup, s’effectue en remontant logiquement vers l’amont des bassins versants. La position altitudinale des zones contributives devient un paramètre déterminant dans la chronologie de l’ajustement morphologique des torrents aux changements environnementaux contemporains. Ceux qui bénéficient de zones contributives suffisamment étendues à haute altitude ont pu ainsi entretenir plus longtemps de larges bandes actives sur leur cône de déjection. C’est le cas par exemple de celui des Acles, dont l’ajustement morphologique ne semble pas abouti.

L’exemple des affluents de la vallée de la Clarée montre en définitive que les paramètres anthropiques (déprise rurale et interventions des services RTM essentiellement) peuvent n’avoir qu’une influence très secondaire dans le tarissement du transit sédimentaire à l’origine de l’évolution morphologique des torrents observée depuis la fin du petit âge glaciaire. Deux principaux facteurs semblent commander le rythme et l’intensité de l’ajustement morphologique des torrents sur leurs cônes de déjection : le réchauffement climatique succédant au petit âge glaciaire, qui favorise la reconquête végétale stabilisant les sources sédimentaires (Belingard et Tessier, 1998), et les caractéristiques géomorphologiques des bassins versants dont dépend a recharge sédimentaire des lits torrentiels.

Les documents étudiés et leur traitement:
Appréciation des grandes tendances de l’évolution de l’activité torrentielle sur les cônes de déjection depuis plus d’un siècle à partir du fond photographique des archives des services RTM associé aux aquarelles peintes en 1895 pour des besoins militaires (documents archivés au Centre National d’Aguerrissement en Montagne, établi à Briançon) et à quelques clichés retrouvés dans des ouvrages anciens (Kilian, 1902)

Evaluation de l'’évolution récente des bandes actives torrentielles a été évaluée à partir de photographies aériennes issues de l’Institut Géographique National, de l’Inventaire Forestier National et de la Direction Départementale de l’Equipement (en particulier les missions 1939, 1945, 1952, 1961, 1971, 1981, 2000 et 2003...), géoréférencées... [...] L’évolution de la largeur de la bande active torrentielle a été mesurée le long de transects régulièrement répartis (entre 25 et 50 m selon les cas) le long de l’axe du chenal d’écoulement. Pour supprimer l’effet d’échelle entre les différents cônes de déjection, les valeurs ont été converties en indices en prenant comme référence la largeur moyenne de la bande active sur le cliché le plus ancien. [...] L’évolution des bandes actives des torrents des Ruines, des Acles et du Roubion a fait l’objet d’une analyse fondée sur les photographies aériennes rectifiées.

Exploitation des relevés topométriques anciens (par exemple les profils longitudinaux du torrent de Malefosse levés en 1908 et 1939, disponibles aux Archives Départementale des Hautes-Alpes) et campagnes de mesures topométriquesrégulièrement effectuées depuis mai 1999 sur plusieurs torrents de la vallée de la Clarée (qui ont débouché sur la réalisation de 18 profils en long et plus de 350 profils transversaux répartis sur 16 rivières de la basse vallée, représentant plus de 12 000 points de mesure). Cela a permis de dresser un état des lieux détaillé des lits torrentiels : caractéristiques de la charge sédimentaire, stabilité des berges, localisation des seuils rocheux et des ouvrages de correction, etc.) [...] et analyse diachronique du chenal d’écoulement des torrents ayant subi au moins une crue morphogène durant la période d’observation de 1999 à 2006.

Cartographie géomorphologique à l’échelle du 1/500 au 1/1000 sur des secteurs clés (Ravin des Sables et torrent deMalefosse), à partir de modèles numériques de terrain établis par levés tachéométriques et traités par le logiciel Surfer v.7© (maillage de points de l’ordre d’une mesure pour 1,5 m2).


(4) - Remarques générales

 


(5) - Syntèses et préconisations

Conséquence de l’ajustement morphologique des lits torrentiels en terme de risque:
Les caractéristiques morphologiques des cônes de déjection sont le résultat d’une histoire complexe, faite d’ajustements progressifs aux fluctuations des conditions environnementales et de métamorphoses brutales induites notamment par les crues de forte magnitude. L’évaluation de la dangerosité des torrents implique donc une étude d’ensemble conduite à différentes échelles emboîtées qui puissent rendre compte de la réduction contemporaine de l’emprise torrentielle sur les cônes de déjection, mais aussi de la persistance des crues de faible fréquence et forte magnitude potentiellement dommageables. Sans cette démarche, l’image rassurante que renvoient désormais les cônes de déjection conduira inexorablement à des aménagements pour lesquels l’aléa torrentiel sera négligé. [...] Certes, l’analyse diachronique de l’emprise torrentielle contemporaine peut fournir les bases d’un zonage de l’aléa. Mais dans un contexte de changements environnementaux rapides, le maintien d’une vigilance adaptée passe aussi par la compréhension du fonctionnement actuel des torrents. Ainsi, le suivi topométrique des chenaux y contribue car il permet, à l’aide de moyens techniques simples et mobiles, d’obtenir une information précise et rapidement renouvelable.

Conclusion:
Dès la fin du XIXe siècle, les ingénieurs de la Restauration des Terrains en Montagne n’hésitaient pas à exprimer leurs certitudes quant à l’extinction imminente des torrents par les techniques relevant du génie civil et biologique (Champsaur, 1900). Ils ne savaient pas, à l’époque, que leur vaste entreprise de correction allait bénéficier d’un contexte plus large de changements environnementaux qui conduiraient à une réduction généralisée des bandes actives torrentielles sur les cônes de déjection alpins. Bien évidemment, il ne s’agit pas de remettre en cause l’efficacité des actions de la RTM car elles ont permis, dans bien des cas, d’accélérer l’ajustement morphologique des lits torrentiels, mais aussi de limiter l’impact des crues de faible fréquence et forte magnitude dont l’occurrence s’est maintenue (Lahousse et al., 2003). Force est de constater cependant que, dans la vallée de la Clarée, l’intervention des services RTM est restée ponctuelle et souvent tardive. Ce n’est pas non plus, comme dans d’autres secteurs des Alpes du Sud (Flez et Lahousse, 2003 ; Liébault, 2003), la déprise rurale qui est responsable de la reconquête forestière des bassins torrentiels. Délaissant les versants où alternent essentiellement corniches rocheuses et éboulis vifs, l’exploitation agricole est effectivement restée cantonnée en fond de vallée, les quelques zones d’alpages étant toujours utilisées. La superficie importante de ces zones non anthropisées explique que les torrents du bassin versant de la Clarée soient relativement peu sensibles aux modifications des modes de mise en valeur du territoire.

Ces constatations permettent de souligner le rôle prépondérant des paramètres bioclimatiques dans l’ajustement morphologique des lits torrentiels. Ceux qui ont été mis en évidence dans d’autres secteurs de moyenne montagne s’appliquent d’autant moins à la vallée de la Clarée que sa situation en haute montagne, comprise entre 1 350 et 3 070 m d’altitude, est propice aux précipitations orageuses pouvant déboucher sur le déclenchement de laves torrentielles aux effets morphogéniques significatifs. On mesure toute l’ambiguïté de la tendance séculaire à la rétraction de l’emprise torrentielle sur les cônes de déjection ; celle-ci doit être interprétée comme la réponse géomorphologique des torrents à la réduction de la fréquence des crues de faible et moyenne magnitude, et non pas comme la disparition progressive d’un aléa torrentiel toujours omniprésent en haute montagne. Là est le danger qui pourrait conduire à des dérives dans les projets d’aménagement des cônes de déjection.

Références citées :

Arnaud-Fasseta G., Fort M. (2004) – La part respective des facteurs hydroclimatiques et anthropiques dans l’évolution récente (1956-2000) de la bande active du Haut Guil, Queyras, Alpes françaises du Sud. Méditerranée, 1/2, 143-156.

Ballandras S. (2002) – L’évolution des formes de relief et des formations torrentielles alpines depuis 4700 BP. Quaternaire, 3/4, 267-277.

Baraille S. (2001) – Les crues dommageables dans le bassin de la Haute Durance (Hautes–Alpes, France) : recensement depuis le XIVe siècle, signification climatique, facteurs météorologiques et prévision. Thèse de l’université de Savoie, 604 p.

Belingard C., Tessier L. (1998) – Trees, man and climate over the last thousand years in Southern French Alps. Dendrochronologia 15, 73-87.

Billi P., Rinaldi M. (1997) – Human impact on sediment yield and channel dynamics in the Arno River basin (central Italy). InWalling D.E. and Probst J.L. (Eds.), Human impact on erosion and sedimentation. IAHS Publication 245, Wallingford, 301-311.

Blanchard R., Coeur D., Ravanat F. (2006) – Étude historique préalable à une cartographie informative des phénomènes naturelsà risques. Rapport inédit, Service de Restauration des Terrains en Montagne, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 100 p.

Buffault P. (1913) – Le Briançonnais forestier et pastoral. Editions Berger-Levrault, Paris, 231 p.

Champsaur E. (1900) – Restauration et conservation des terrains en montagne. Les terrains et les paysages torrentiels. Imprimerie Nationale, Paris, 64 p.

Cosandey C., Andreassian V., Martin C., Didon-Lescot J.-F., Lavabre J., Folton N., Mathys N., Richard D. (2005) – The hydrological impact of mediterranean forest: a review of French research. Journal of Hydrology 301, 235-249.

Flez C., Garitte G. (2006) – Contribution à la connaissance des facteurs responsables de la rétraction contemporaine des bandes actives torrentielles. Tentative de régionalisation à travers l’exemple de quatre bassins versants élémentaires (Ubaye et Haute-Durance). In Allée P. et Lespez L. (Eds.), L’érosion, entre société, climat et paléoenvironnement. Presses Universitaires Blaise-Pascal, Collection « Nature et Sociétés », 291-296.

Flez C., Lahousse P. (2003) – Contribution to assessment of the role of anthropic factors and bio-climatic controls in contemporary torrential activity in the southern Alps (Ubaye valley, France). In Fouache E. (Ed.), The Mediterranean World Environment and History, Elsevier, 109-121.

Flez C., Lahousse P. (2004) – Example of Holocene alpine torrent response to environmental changes: contribution to assessment of forcing factors. Quaternaire, 167-176.

Friedman J.M., Osterkamp W.R., Lewis W.M. (1996) – The role of vegetation and bed-level fluctuations in the process of channel narrowing. Geomorphology 14, 341-351.

Garitte G., (2006) – Les torrents de la vallée de la Clarée (Hautes-Alpes, France). Évolution contemporaine, dynamique actuelle et analyse géographique des risques associés. Thèse de l’université des Sciences et Technologies de Lille, 388 p.

Gautier E. (1992) – Recherches sur la morphologie et la dynamique fluviale dans le bassin du Buëch (Alpes du Sud), Thèse de l’université Paris X-Nanterre, 439 p.

Jorda M. (1993) – Histoire des paléoenvironnements tardi- et post-glaciaires sud-alpins de moyenne altitude. Essai de reconstitution cinématique. In Géomorphologie et Aménagement de la Montagne, Hommage à Pierre Gabert, CNRS, Caen, 99-111.

Jorda M., Provansal M. (1996) – Impacts de l’anthropisation et du climat sur le détritisme en France du Sud-Est (Alpes du Sud et Provence). Bulletin de la Société Géologique de France, 1, 159-168.

Jorda M., Miramont C., Rosique T., Sivan O. (2002) - Évolution de l’hydrosystème durancien (Alpes du Sud, France) depuis la fin du Pléniglaciaire supérieur. In Bravard J.-P. et Magny M., Les fleuves ont une histoire : paléo-environnements des rivières et des lacs français depuis 15000 ans. Ed. Errance, Paris, 239-249.

Kilian W. (1902) – Notes pour servir à la géomorphologie des Alpes dauphinoises. Masson, Paris, 26 p.

Landon N., Piégay H. (1999) – Mise en évidence de l’ajustement d’un lit fluvial à partir de documents d’archives : le cas de la haute Drôme. Revue de Géographie Alpine, 3, 67-86.

Liébault F. (2003) – Les rivières torrentielles des montagnes drômoises : évolution contemporaine et fonctionnement géomorphologique actuel (massifs du Diois et des Baronnies). Thèse de l’université Lumière (Lyon 2), 358 p.

Liébault F., Piégay P. (2001) – Assessment of channel changes due to long-term bedload supply decrease, Roubion River, France. Geomorphology 36, 167-186.

Liébault F., Piégay P. (2002) – Causes of 20th century channel narrowing in mountain and piedmont rivers of Southeastern France. Earth Surface Processes and Landforms 27, 425-444.

Martin D. (1890) – Observations sur la marche rétrograde de la végétation dans les Hautes-Alpes. Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes, Gap, 137-156.

Miramont C., Rosique T., Sivan O., Edouard J.-L., Magnin F., Talon B. (2004) – Le cycle de sédimentation « postglaciaire principal » des bassins marneux subalpins : état des lieux. Méditerranée, 1/2, 71-84.

Piégay H., Salvador P.-G. (1997) – Contemporary floodplain forest evolution along the middle Ubaye River, Southern Alps, France. Global Ecology and Biogeography Letters 6, 397-406.

Piégay H., Walling D.E., Landon N., He Q., Liébault F., Petiot R. (2004) - Contemporary changes in sediment yield in an alpine mountain basin due to afforestation (the Upper Drôme in France). Catena 2, 183-212.

Rey F., Robert Y., Vento O. (2002) – Influence de la végétation forestière sur la formation de dépôts sédimentaires en terrains marneux. Géomorphologie : relief, processus, environnement, 1, 85-92.

Rosique T. (1996) – Morphogenèse et évolution des paléoenvironnements alpins de la fin des temps glaciaires au début de l’Holocène : l’exemple de la moyenne Durance (Alpes françaises du Sud). Thèse de l’université de Provence (Aix-Marseille 1), 288 p.