Réf. Vincent 2007 - C1

Date
Titre
Auteur(s)
23/05/2007
Glaciers, risques glaciaires et changement climatique
Christian Vincent

Mots-clés
Lac proglaciaire, lac supraglaciaire, chutes de séracs, poches d'eau.

Organisme(s) / Contact(s)
Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l'Environnement (LGGE), CNRS, St Martin d’Hères
Tél. : +33 (0) 4 76 82 42 00 ; vincent@lgge.obs.ujf-grenoble.fr

Références des études sur lesquelles porte le commentaire
 

(1) - Paramètre(s) atmosphérique(s) modifié(s)
(2) - Elément(s) du milieu impacté(s)
(3) - Type(s) d'aléa impacté(s)
(3) - Sous-type(s) d'aléa
  Glaciers Risque glaciaires Lacs glaciaires, chutes de séracs, rupture de poches d'eau

Pays / Zone
Massif / Secteur
Site(s) d'étude
Exposition
Altitude
Période d'observation
France Alpes        

Commentaire

Lac proglaciaire d'Arsine :

En 1986, des travaux d’urgence ont été entrepris sur le lac proglaciaire du glacier d’Arsine, dans le massif des Ecrins, afin de créer un chenal artificiel permettant d’éviter la catastrophe. Ce petit lac, apparu dans les années 50, à la suite du retrait du glacier, s’était développé progressivement au fil des années à l’intérieur de moraines épaisses et bien étanches. En 1969, le Laboratoire de Glaciologie mena quelques études qui conduisaient à la conclusion que ce lac, de 530 000 m3 à cette époque, ne présentait guère de danger. En juillet 1985, quelques glaciologues inquiets entreprirent quelques observations : le volume du lac atteignait 800 000 m3 et le niveau du lac n’était plus qu’à 2 mètres de la moraine. A la lumière des expériences des lacs péruviens, le débordement de l’eau sur la moraine ne pouvait conduire qu’à une catastrophe : la moraine se serait érodée très rapidement et la vidange du lac aurait déversée 800 000 m3 d’eau dans la vallée de la Guisane. De nombreuses habitations, du village du Casset jusqu’à Briançon, étaient concernés. Le Laboratoire de Glaciologie de Grenoble avertit le préfet et le service de Restauration des Terrains en Montagne fit conduire des travaux de génie civil au printemps de 1986 afin d’abaisser le niveau du lac et d’écarter le danger (voir la publication de Vallon, 1989 pour plus de détails).

Lac supra-glaciaire de Rochemelon :

Ce lac a atteint des proportions inquiétantes en septembre 2004 lorsque le LGGE a averti la préfecture de Savoie. Le lac et le glacier de Rochemelon avaient fait  l’objet d’une étude dans le cadre du programme européen Glaciorisk (2001-2003), relatif aux risques naturels d’origine glaciaire. Ce programme coordonné par le Cemagref de Grenoble avait permis de mesurer l’extension du lac, la bathymétrie et l’épaisseur du glacier à proximité du barrage glaciaire. Malheureusement, à la fin du programme financé par l’Europe, les études ont été abandonnées (décembre 2003). Face à l’évolution inquiétante du lac du glacier de Rochemelon, le LGGE de Grenoble, a décidé de faire une campagne d’observations (bathymétriques et topographiques) le 31 août 2004 afin de faire le point sur la situation du lac de Rochemelon. Ces observations ont montré que le volume du lac était supérieur à 600 000 m3. En outre, la surface du glacier avait fortement baissé au cours de ces dernières années dans la région du lac (1.3 m/an en moyenne depuis septembre 2001) et l’altitude du col glaciaire qui forme le barrage était à 1.5 m seulement au dessus du niveau du lac.

Suite à cette campagne, le LGGE a averti les autorités publiques (rapports à la mairie de Bessans et à la préfecture de Savoie) des risques d’une vidange brutale du lac (et des conséquences pour les habitants des vallées en aval) et la nécessité de vidanger, au moins partiellement, le lac de toute urgence. Les risques étaient de deux ordres :
• le premier était lié à un débordement du lac (au 17 septembre 2004, le col glaciaire était à 80 cm seulement au dessus du niveau du lac) : un débordement aurait créé un chenal à la surface du glacier qui se serait approfondi de plus en plus rapidement et aurait pu vidanger le lac en quelques heures.
• le deuxième risque était celui d’une rupture du barrage glaciaire : le lac atteignait une profondeur de 25 m environ à proximité du col glaciaire et était barré par un barrage glaciaire d’une épaisseur à peine supérieure (cf. la coupe longitudinale). Ainsi, en cas d’infiltration de l’eau sous le glacier, la pression de l’eau était suffisante pour soulever le glacier. Dans ce cas, la digue glaciaire aurait très probablement cédé. Plus de 600 000 m3 d’eau se seraient déversés dans la vallée du Ribon en quelques minutes.

Une réunion à la préfecture avec le sous préfet, la direction de la protection civile, le service du RTM, le Cemagref , le conseil Général et le LGGE (23 septembre 2004) a permis d’envisager différentes possibilités pour vidanger le lac. L’opposition des autorités italiennes sur l’éventualité d’une ouverture du seuil rocheux (versant italien) a conduit vers une solution du côté glaciaire (français). Ainsi, des opérations de siphonnage (conduits sous la responsabilité du RTM de Savoie) ont été effectuées entre octobre et novembre 2004 afin d’abaisser le niveau du lac. Le niveau a été baissé de 5.60 m et le siphon actuel ne permet pas d’aller au delà, à cause de la pression atmosphérique. Finalmement, le lac a été vidangé totalement au cours de l’été 2005.

La formation de ce lac dans les années 50 n’est probablement pas lié directement au réchauffement climatique. Les processus de formation et son évolution sont actuellement étudiés par le LGGE. Sont également étudiés les processus d’érosion de la glace par l’eau, qui conditionnent les risques d’une vidange brutale lors du débordement d’un lac sur une surface glaciaire. La formation des lacs supra-glaciaires n’a pas toujours une origine climatique : celui du Belvédère en Italie (2002) était probablement la conséquence de la dynamique du glacier et de son avancée brutale quelques années auparavant (en 2000).


Poche d’eau de Tête Rousse :

Le LGGE , à la demande du RTM haute Savoie, est en train de mener une étude sur les risques actuels de formation d’une nouvelle poche d’eau à Tête Rousse. Il n’est pas évident que la poche d’eau du glacier de Tête Rousse résulte de la formation d’une poche à l’intérieur du glacier. Elle pourrait résulter d’un lac supra-glaciaire qui a été enseveli par la neige au cours d’une période de plusieurs années de forte accumulation (hypothèse de C. Vincent). D’autres poches d’eau se forment régulièrement au glacier de Trient (la Tine de Trient), et parfois au Bossons (voir Glaciorisk).


Chutes de séracs Taconnaz :

Beaucoup de chutes de séracs menacent les alpinistes lors de leur ascencions glaciaires. Mais celle de Taconnaz menace une zone habitée dans la vallée de Chamonix. Cette chute de séracs présente un risque lorsque le manteau neigeux hivernal, à l’aval de la chute, est instable. Elle peut alors déclencher une avalanche de neige et de glace et descendre jusqu’en bas de la vallée comme ce fut le cas en 1988, 1999 et en 2006. L’examen des dépots de l’avalanche a montré, à chacun de ces évènements, des proportions très significatives de glace. Cette chute de séracs, le débit de glace, la fréquence et les volumes de glace mis en jeu, ont été étudiés par le LGGE (Le Meur et Vincent, 2006). Des études supplémentaires seraient utiles pour comprendre les mécanismes.


En outre, avec le réchauffement, certaines zones glaciaires de haute altitude, actuellement « froides » (glaciers à températures très négatives), pourraient devenir tempérés, c’est à dire à 0°C (Vincent et al., submitted). Si ce réchauffement atteint la base de ces glaciers, leur dynamique (écoulement) pourrait en être complètement affecté ; les zones très pentues comme celles des glaciers suspendus (Weisshorn en Suisse ou Taconnaz en France) pourraient alors être déstabilisées. Pour cette raison, il serait utile et recommandé d’observer l’évolution des températures à l’intérieur de ces masses glaciaires de haute altitude.